02/07/2009

Fuir loin de la banlieue

 

Faire semblant les jours d'orage.jpgDeux jeunes de banlieue. Mike, rêvant de grands espaces, JP, quasi muet, à la force de frappe dévastatrice. Ils végètent entre beau-père violent et mère accro aux soap de la télévision. Pas intégrés, sans avenir. Il faudra un gros fait divers pour qu'ils franchissent le pas. Fuir pour échapper à la prison. Dans leur cavale ils vont croiser la route de Basile, vendeur de lunettes démodées sur le marché. Un trio improbable qui va mettre du temps à s'apprivoiser pour finalement s'entraider efficacement. Ce récit de Nicolas Poupon débute dans la noirceur totale et s'achève sur une belle note d'optimisme. Une BD sociale dans l'air du temps.

« Faire semblant les jours d'orage », Delcourt, 16,50 euros

01/07/2009

Transition

Neuf mois.jpgUn premier enfant, dans un jeune couple, n'est jamais sans conséquence. Et dès les premières semaines de grossesse le fragile équilibre est mis à rude épreuve. C'est la trame de ce récit de Nicolas Vadot. Mais l'auteur aimant mettre en place un univers très personnel, le futur père, durant ces neuf mois, va passer de nuits loin de la réalité. En passant sous un un tunnel, il se retrouve sur une route rectiligne au milieu d'un désert. Là, il va rencontrer un marchand de sable, une psychologue, Morphée, et un bûcheron. Sans oublier un jeune chat. Poétique, merveilleuse, cette vision de la naissance, éternel recommencement, ne laisse pas indifférent.
« Neuf mois », Casterman, 15 euros

30/06/2009

« La science peut alimenter l’imaginaire »

 

Avec son « Prince des nuages », Christophe Galfard nous emmène dans latmosphère - au sens propre - qui le fascine et dont personne ne sortira indifférent.

 

prince_des_nuages.jpgGrand, svelte, brun aux yeux tour à tour malicieux ou sérieux, le sourire ravageur, à 33 ans, Christophe Galfard a tout pour séduire. Dautant quil ne se contente pas davoir la tête bien faite mais également bien pleine ! Bref, impossible de résister à ce scientifique de haut niveau - école dingénieurs en France suivi dun DEA en mathématiques à Cambridge (excusez du peu !) pour finir par un doctorat en physique théorique sous la direction du célèbre astrophysicien Stephen Hawking, grâce auquel il devient spécialiste des trous noirs et de lorigine de lunivers.

 

Tout le passionne !

Mais la plus grande qualité de C. Galfard reste sans doute son humilité désarmante et aussi son désir de transmettre son savoir. « Cela fait partie dun être humain que dessayer de comprendre le monde qui nous entoure » déclare-t-il. Même si vous êtes un parfait néophyte en la matière, il aura le plaisir et la patience de vous expliquer simplement les choses et je puis vous lassurer, vous vous sentez nettement plus intelligent après son intervention ! « Jadore les histoires, confie-t-il, les raconter, vivre au travers delles nous ramènent vers notre réalité. Ce qui me plaît cest léchange parce quen transmettant je reçois énormément aussi ».

Selon lui, « la science est obligatoire parce que les solutions sont basées sur des choses rationnelles ».

Nallez pourtant pas vous imaginer que, comme pas mal de scientifiques, tout le reste lui paraît dérisoire. Son livre le prouve dailleurs, où lon trouve des passages poétiques, dautres drôles qui forment un parfait équilibre avec les encadrés scientifiques. « Jai lu beaucoup de poésies. La science est incroyablement poétique. Une des caractéristiques de la poésie est de se retrouver minuscule dans un monde incompréhensible. »

 

Un roman en symbiose avec la science

Christophe_Galfard_couleur_(c)__François_Lebel.jpgEntre le jeune Tristam, le « rêveur » du groupe, son ami Tom et Myrtille, fille du roi des nuages du nord , détrôné par le Tyran, existent une complicité sans faille. Tous vivent dans un village bâti sur un nuage destiné à cacher Myrtille et paradoxalement, on entre dans lhistoire avec une facilité déconcertante, même si chacun sait que sexiler sur un nuage paraît plutôt allégorique ! Le paradoxe est dailleurs toujours présent puisque les habitants y font pousser du riz ! « Jai beaucoup réfléchi à ce qui pourrait croître sur ce qui nest finalement que de leau et jai donc pensé au riz », sourit C. Galfard.

Hélas le Tyran finit par retrouver le nuage et décide de faire non seulement de tout le peuple ses esclaves mais en sus dinterférer sur le climat de la terre pour en faire une arme de guerre. Seule Myrtille se voit proposer par le Tyran lui-même de régner à ses côtés. Quant à Tristam et Tom, ils ont réussi in extremis à senfuir avant la capture générale sur une moto libellule programmée pour arriver dans un lieu bien précis. Tristam réussit à emmener un petit paquet soigneusement ficelé par sa mère, quant à Tom, il serre contre son cœur un livre quil a découvert quelques jours plus tôt à la bibliothèque « Lart subtil de la guerre des nuages ». Il est persuadé que, grâce à sa trouvaille, il pourra devenir Maître des Vents, battre le Tyran et ainsi sauver son peuple.

Le roman est scandé dencadrés scientifiques, dosés juste comme il faut pour ne pas lasser le lecteur et extrêmement intéressants. Agrémentés de graphiques, ils sont à la portée des enfants à partir de neuf ans mais les adultes y trouveront aussi leur compte ! Les illustrations de Vincent Dutrait, auquel on doit aussi la couverture, toutes en noir et blanc, sont très expressives et traduisent un petit côté mélancolique qui nest pas sans rappeler que sur terre - et dans les nuages - il se passe des choses terribles au niveau de lécologie pour ne citer que celle-là. Et la guerre bien évidemment. « Une terrible vérité venait de le frapper de plein fouet : les batailles, les conflits et les guerres impliquent toujours des enfants ». Mais comme le fait remarquer C. Galfard, « il faut bien commencer par la mélancolie pour trouver la joie ! »

 

Un travail de chaque instant

C. Galfard ne sen cache pas, il a beaucoup travaillé sur ce qui est devenu un petit bijou. « Parfois, jai du mal, mais jadore quand même ! La recherche cest un peu pareil, il faut faire preuve dune imagination incroyable. La vraie recherche commence là où lon ne sait plus ce qui se passe. Et mon inspiration est basée à 95% sur la science, le reste vient des lectures et dun peu dimagination ». Quand je vous disais quil navait pas la grosse tête… « Et puis, jai adoré faire de petits clins dœil aux lecteurs mais aussi à moi-même ».

On attend avec impatience la suite dans un an.

Alors, chers parents de vos petites ou grandes têtes blondes, à présent que les vacances arrivent, petit conseil dinitiée, privilégiez le livre de C. Galfard à quelques devoirs de vacances. Ils en retiendront et en retireront certainement beaucoup plus. Et rien de vous empêche de le leur emprunter ! Parce quà mon sens, Christophe Galfard est sans conteste un vrai prince des nuages.

Fabienne HUART

« Le Prince des nuages », Christophe Galfard, Pocket Jeunesse, 19 €.

Christophe Galfard a également participé à l'écriture de “Georges et les secrets de l'univers” de Stephen et Lucy Hawking (Pocket jeunesse, 6,90 €) Photo : François Lebel

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29/06/2009

Classique moderne

 

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Maurice Tillieux, s'il n'a pas connu le succès considérable de Franquin ou de Hergé, fait pourtant partie des maîtres de la bande dessinée franco-belge. Il était le premier à conjuguer récit policier avec humour. Son héros, Gil Jourdan, bien que datant du milieu des années 50, était incroyablement moderne pour l'époque. Gil Jourdan est de retour, avec son créateur, dans une très belle intégrale dont le premier volume reprend les quatre albums parus entre 1956 et 1960. Le jeune détective privé, ambitieux, intrépide et courageux, a l'appui de deux amis, Croûton et Libellule, grands pourvoyeurs de scènes comiques. Le premier est un policier, le second un gangster repenti. Le trio a aussi contribué à la mode des belles bagnoles, souvent fracassées dans de spectaculaires accidents. L'intégrale bénéficie d'une riche introduction de 32 pages retraçant, en texte et en images, les débuts de Tillieux.

« Gil Jourdan, l'intégrale » (tome 1), Dupuis, 24 €

28/06/2009

Amour en noir et blanc

 

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Blanche, jeune femme du XVIIIe siècle, vient de prendre pour époux un noble de 50 ans. Un riche entrepreneur qui ne peut même pas lui consacrer sa nuit de noces. Blanche, toujours vierge, se retrouve quasiment prisonnière dans la vaste demeure de son époux, sur une île battue par les vents de l'Atlantique. Ses voisins, comme ses domestiques, sont exécrables avec elle. Seul Toumaï, esclave noir ramené en Europe par l'époux, ne dit pas du mal d'elle dans son dos. A cette époque, les Noirs étaient assimilés à du bétail. Pourtant Toumaï est beaucoup plus humain que n'importe quel insulaire. Blanche va rapidement s'en rendre compte et malgré la chape des interdits et des conventions, ils vont finir dans les bras l'un de l'autre. Superbe histoire d'amour, cette parabole sur l'intolérance est signée Thierry Chavant, un auteur mettant son dessin classique au service d'une intrigue forte.

« Blanche » (tome 1), Delcourt, 12,90 €

27/06/2009

Tirs nourris

 

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Le monde de Naja n'est fait que de souffrance, de blessures et de morts. Naja est tueuse. Elle travaille pour une mystérieuse organisation qui classe ses employés. Naja est numéro 3. Le personnage principal de ce troisième volet de ses aventures, c'est le numéro 2. Il a un contrat et compte bien le remplir : tuer le numéro 1. Pas pour prendre sa place. Simplement pour faire ce pour quoi on le paie. Sans se poser de questions sur le nom du commanditaire ou la raison de l'élimination. Dessinée par Bengal, cette BD est atypique. Quasiment pas de dialogue, mais un texte narratif lancinant, froid. A l'image des trois tueurs lancés les uns contre les autres. Morvan signe certainement sa meilleure série, très littéraire et psychologique, même si cela ne cesse de tirer ou découper à chaque coin de case. Le lecteur est comme hypnotisé par cet univers, notamment celui de Naja, la tueuse qui ne fait pas la différence entre souffrance et orgasme.

« Naja » (tome 3), Dargaud, 13,50 €

26/06/2009

Confidentialité assurée

 

Confidentialité assurée.jpgInspectrice de fidélité, tel est le métier de Jennifer Hunter. Elle est engagée par des femmes soupçonneuses et tend des pièges aux maris supposés volages. Ce roman de Jessica Brody, jeune Américaine par ailleurs scénariste, est en cours d'adaptation en série télévisée. Il est vrai que l'infidélité est un filon sans fin. D'autant que les scènes sexy sont nombreuses, Jennifer payant de sa personne pour coincer les fautifs.

L'extrait : « Sans cesser de m'embrasser, il m'a retiré ma veste. Puis il s'est attaqué à mon chemisier, un bouton après l'autre. Je n'ai pas protesté. Le chemisier a glissé et la vue de mon balconnet en dentelle bleu lavande lui a arraché un soupir comblé. Naturellement, c'était flatteur. Comment est-ce qu'il en aurait été autrement ? » (Fleuve Noir, 18,90 €)

25/06/2009

Le jade et le rubis

 

Jade et le rubis.jpgKate Furnivall, pour son premier roman, signe un pavé de près de 500 pages alliant souffle historique, dépaysement et amour impossible. Chassée de Russie par les Bolchéviques, Valentine se réfugie en Chine en compagnie de sa fille Lydia. Une belle adolescente de 15 ans qui va rencontrer l'amour dans une venelle des bas-fonds de la ville. Coup de foudre pour Chang An Lo, révolutionnaire intrépide ayant choisi le camp de Mao. Sur fond de révolution, les deux amoureux vont devoir choisir entre leur conscience de classe et cet amour absolu.

L'extrait : « D'un geste de la main, Lydia repoussa une mèche de cheveux qui avait glissé de sous son chapeau et, ce faisant, elle notait que l'étranger retenait son souffle et esquissait un sourire. Il tendit la main et elle crut qu'il allait passer les doigts dans sa chevelure flamboyante, mais il désigna simplement le vieil homme qui avait rampé jusqu'au seuil d'une habitation. » (Calmann-Lévy, 20,90 €)

24/06/2009

La disparue du désert

 

Disparue du désert.jpgDeux jours avant son mariage, Nouf, riche héritière d'une dynastie saoudienne, disparaît. Nayir, guide palestinien connaissant parfaitement le désert est chargé de retrouver la jeune femme, âgée de 16 ans. Zoë Ferraris, dont c'est le premier roman, a longtemps vécu en Arabie Saoudite. Elle a parfaitement cerné les déchirements de cette société, entre envie de modernité et respect des traditions. Nayir, pauvre et pieux, va découvrir les rêves de Nouf, lui donnant l'occasion à lui aussi d'ouvrir les yeux sur un autre monde.

L'extrait : « Nayir fit de son mieux pour oublier son rêve de la nuit. Il avait encore rêvé de Fatima ; il ne l'avait pas revue depuis près de quatre ans, pourtant les rêves étaient plus vivaces à chaque fois. Elle était la seule femme qu'il eût jamais courtisée. (...) Son tempérament calme et le petit rire nerveux avec lequel elle avait salué ses plaisanteries lui avaient donné l'impression que c'était une jeune fille convenable et pudique. » (Belfond, 21,50 €)

23/06/2009

Les fables de sang

 

Fables de sang.jpgRevivez les intrigues ayant secoué Versailles à la fin du 18e siècle, quand Marie-Antoinette s'imposait face à un Louis XVI rapidement dépassé. Une enquête policière menée par Pietro Viravolta, espion venu de Venise pour servir la reine. Alors qu'un tueur en série sème la terreur dans les jardins de Versailles, Pietro va découvrir la solution de l'énigme dans des fables au goût de sang. Arnaud Delalande parvient parfaitement à retranscrire l'ambiance de la cour et de ce petit monde à part, celui de Versailles.

L'extrait : « Louis regarda de nouveau Marie-Antoinette. Des larmes vinrent perler à leurs yeux. Lorsque les courtisans et leur entourage arrivèrent, se bousculant à leur porte, ils les trouvèrent agenouillés tous deux, qui sanglotaient. Et Louis XVI murmurait : Mon Dieu, gardez-nous, protégez-nous... Nous régnons trop jeunes ! » (Grasset, 18 €)

22/06/2009

Les quatre saisons

 

Quatre saisons.jpgLaurel Corona raconte avec un luxe de détails historiques l'amour fusionnel (tout en restant platonique) de Vivaldi pour une jeune fille virtuose : Maddalena. L'auteur va relater, sur plusieurs années, cette complicité jamais mise en défaut malgré les événements qui vont infléchir leurs destins. Le romantisme est au rendez-vous, avec évocation de spectacles à l'opéra et les audacieuses scènes de carnaval, le roman se déroulant en grande partie à Venise.

L'extrait : « Vivaldi fit glisser son archer sur les cordes de telle sorte que chaque note s'en trouva libérée et que se dégagea la mélancolie que Pellegrina avait refusé d'entendre. Il se tenait de profil et Maddalena ne cessait de le regarder. Quand il ferma lentement les yeux pour s'immerger totalement dans sa musique, elle eut l'impression d'être la seule personne au monde capable de le comprendre. » (Pygmalion, 20,90 €)

21/06/2009

Triste futur

 

Des lendemains sans nuages.jpg« Des lendemains sans nuages » était paru en 2001. Cette réédition donne une seconde chance à une œuvre passée presque inaperçue mais qui marquait les débuts d'auteurs qui depuis ont explosé. Au scénario Fabien Vehlmann. Il lie des histoires de science fiction par une intrigue plus générale de futur apocalyptique. Depuis il a signé Ian, le marquis d'Anaon et vient de reprendre Spirou et Fantasio. Au dessin deux jeunes aux trajectoires parallèles. Meyer a débuté avec Tome dans Berceuse assassine. Depuis il a signé le premier tome de « XIII Mistery » sur la Mangouste. Gazzotti, après avoir animé les pages de l'hebdo Spirou et être l'assistant de Janry, a repris Soda et retrouvé Vehlmann pour la série « Seuls ». Bref, ne boudez pas votre plaisir en redécouvrant les débuts de trois auteurs talentueux. De la SF qui s'inspire de Philip K. Dick avec une tentative de modifier le futur pour éviter qu'un tyran ne prenne le pouvoir. Mais cela en vaut-il véritablement la peine ?

« Des lendemains sans nuage », Le Lombard, 14,50 €

20/06/2009

Le réveil de Megan

 

WEST 5.jpgAprès deux cycles permettant de bien présenter les membres de WEST (une sorte de police gouvernementale non officielle), les auteurs se lancent dans un nouveau dyptique centré autour du chef, Morton Chapel et de sa fille, Megan. A New York, au début du siècle dernier, Kathryn Lennox tente de faire sortir Megan d'une léthargie de 15 ans. La jeune femme est dans cet état depuis que son père a tué sa mère. Selon Morton Chapel, sa femme était possédée par un démon, Seth. Lennox, psychiatre formée par Freud ne croit pas à cette histoire fantastique. Pourtant elle devra revoir sa copie quand Megan va s'enfuir de l'asile où elle était enfermée et semer la terreur en compagnie d'un mystérieux compagnon. Dorison et Nury, les scénaristes, semblent décidés à faire radicalement évoluer l'équipe de WEST. Rien ne sera plus jamais comme avant. Seule constante : le dessin de Rossi, léger, précis et faisant de plus en plus appel à la couleur directe.

« WEST » (tome 5), Dargaud, 13,50 €

19/06/2009

Soldats et magie

 

Last Bullets.jpgIl s'appelle Lelis. On ne sait pas grand chose de ce dessinateur si ce n'est qu'il est Brésilien. Et talentueux. Phénoménal même. Ses trognes en couleurs directes vous explosent au visage comme autant de grenades dégoupillées. Il semble dessiner sans faire de croquis. Cela donne une puissance supplémentaire à ses planches. Pour sa première collaboration en Europe, il a illustré un scénario d'Ozanam dans la collection Kstr. Un choix qui manque de visibilité mais lui donne toute latitude pour dérouler son art sur plus de 110 pages. Les trognes, ce sont des soldats confédérés, faits prisonniers puis évadés. Ils trouvent refuge dans le bayou. Ils sont à la recherche d'un trésor. Un immense trésor. Celui amassé par les lutins, elfes et farfadets vivant cachés dans ce monde magique. D'un côté des brutes absolues, de l'autre des êtres féeriques mais plein de malice. Une opposition d'univers magnifiée par Lelis qui devrait très certainement refaire parler de lui.

« Last Bullets », Casterman, 16 €

18/06/2009

Obscur et terrifiant

 

Un enfant non voyant appréhende le monde différemment. Les dangers sont omniprésents. Paul-François Husson le raconte dans « Peur aveugle ».

 

Peur aveugle.jpgIl a peur du « Monstre-Lumière ». Dans ses pires cauchemars, Mattieu se fait attaquer par cet être imaginaire représentant toutes ses angoisses face à une possible guérison. Mattieu est aveugle, mais pourrait retrouver la vue après une greffe de la cornée. Un gamin d'une dizaine d'années est au centre de ce thriller français très psychologique.

A 18 mois, Mattieu a perdu la vue dans un accident de voiture. Sa mère également. Elle était au volant. Julien, son père, inventeur farfelu, a vu sa vie basculer. Il a retrouvé l'amour, quelques années plus tard, auprès d'Alice, chirurgien qui soigne Mattieu. Alice, elle aussi durement frappée par les aléas de la vie. Encore un accident de la circulation. Elle conduisait. Si elle est sortie indemne de la collision, ce n'est pas le cas de son mari ni de son fils, tous deux décédés. Julien et Alice, deux écorchés vifs, ont trouvé dans leur parcours commun des raisons pour se soutenir, s'aider, s'aimer.

Une fois les personnages présentés, Paul-François Husson déroule son roman qui se déroule en deux jours et deux nuits. Ce sont les vacances. La famille recomposée (il y a également Isabelle, la sœur aînée de Mattieu, adolescente rebelle et protectrice) part faire du camping au bord du Lac Noir. Un lieu essentiel pour Julien. C'est là, 11 ans auparavant, qu'il a conçu Mattieu avec sa première femme. Il est persuadé que dans ce site chargé de symbole, Mattieu va retrouver la vue. Alice l'a opéré quelques mois auparavant. S'il doit redevenir un voyant, c'est maintenant.

 

Attaque nocturne

Dès les premiers instants, dans la voiture, l'auteur décrit ce climat tendu, où chacun se méfie de l'autre. Julien tient la destination secrète, Mattieu fait de plus en plus de cauchemars, Alice est sur les nerfs à cause de son travail, Isabelle aurait préféré aller à la mer. Les embouteillages ne font que compliquer les choses. Un premier accrochage avec un camping car fait monter la pression. L'énervement se transforme en peur. D'autant que dans les toilettes d'une aire d'autoroute, Mattieu se fait attaquer. Quelqu'un essaie de lui crever les yeux. Il est persuadé qu'il s'agit du Monstre-Lumière qui hante ses nuits. Seul, dans un endroit qu'il ne connait pas, le jeune aveugle est à la merci de son agresseur : « Immobile, l'enfant fit un effort considérable pour ne pas sombrer dans une panique qui l'avait souvent humilié. Courageux, il fit deux pas hésitants, trébucha sur des câbles, resta un instant en suspens, avant de s'étaler de tout son long. » Mais ce n'est que le début de ces deux jours de terreur. Arrivé au Lac Noir, la petite famille découvre un endroit désert et abandonné. Une panne d'essence au bord de la route leur fait passer une nuit éprouvante. Une nuit peuplée de monstres et d'agresseurs imaginaires. Comme si les cauchemars de Mattieu prenaient vie. L'angoisse et la terreur vont s'installer, les véritables personnalités des uns et des autres se révéler.

Un final haletant et plein de surprises boucle ce thriller français porté par le personnage de Mattieu, magnifique portrait d'enfant trouvant des ressources inespérées dans le souvenir de sa mère.

« Peur aveugle », Paul-François Husson, Editions Anne Carrière, 19,50 €

17/06/2009

Boris Vian intime

 

Piscine molitor.jpg50 ans après la mort de Boris Vian, Hervé Bourhis (scénario) et Christian Cailleaux (dessin) retracent en 72 pages passionnantes, la vie et l'œuvre de cet écrivain qui refusait de se laisser enfermer dans un art. Des déboires financiers de ses parents à sa vie brillante et un peu dissolue de ses années de gloire, les auteurs nous font découvrir un homme dévoré par la passion de créer. Parfois au détriment de sa famille : il a rejeté ses enfants, sources de dispersement de son inspiration. Une vie entre passion nocturne et ennui du travail de fonctionnaire. Très tôt frappé par une maladie cardiaque, Boris Vian a beaucoup fréquenté la piscine Molitor les derniers mois de son existence. Il était persuadé qu'en restant longtemps en apnée au fond de l'eau, son cœur guérirait...

« Piscine Molitor », Dupuis, 15,50 euros

16/06/2009

Taillefer à la guerre

 

Sentinelles 1.jpgPlus le temps passe et plus la guerre de 14/18 inspire les scénaristes français de bande dessinée. Après Tardi et Morvan, c'est Xavier Dorison qui propose sa vision de ce grand affrontement. Tout en dénonçant cette immense boucherie, il donne un tour plus fantastique à sa série, « Les Sentinelles », dessinée par Enrique Breccia. Quelques savants, s'appuyant sur les progrès de la mécanique, ont greffé à des soldats volontaires des membres d'acier. Reste à trouver une source d'énergie. Ce sera Gabriel Féraud qui mettra au point une pile au radium. Il pourra la tester en devenant Taillefer, sorte d'Ironman de l'armée française, très efficace pour enfoncer les lignes allemandes. Les deux premiers tomes paraissent simultanément.

« Les Sentinelles » (tomes 1 et 2), Delcourt, 14,95 euros

15/06/2009

Pèlerinage gitan

 

Gitans.jpgLe pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer est le plus grand rassemblement des gens du voyage en Europe. Des milliers de Gitans se retrouvent fin mai pour une cérémonie religieuse devenue une véritable attraction touristique pour la région. Le reportage dessiné de Kkrist Mirror est pourtant à l'opposé absolu de ces clichés vus et revus. L'auteur a participé à quatre pèlerinages. Il s'est imprégné de cette ambiance, regardant ces hommes et femmes persécutés des siècles durant. Il a retrouvé dans les portraits cette fierté mise en avant dans la préface de Tony Gatlif. Une BD très personnelle suivie de plusieurs textes inédits sur le peuple rom, toujours illustrés par cet auteur ayant déjà signé « Tsiganes », toujours chez EP Editions.

« Gitans », Emmanuel Proust Editions, 19,90 euros

14/06/2009

Fondation, la totale

Les éditions Folio SF proposent, au format poche, les cinq titres du cycle de Fondation d'Isaac Asimov. Un chef-d'oeuvre de la science-fiction.

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Dans le Cycle de Fondation (qui a reçu, en 1966, le prix Hugo de « la meilleure série de tous les temps »), Isaac Asimov imagine le futur de l'humanité. Il commence avec l'effondrement d'un empire galactique qui se décompose. Les trois premiers tomes, écrits entre 1951 et 1953, composent le coeur du cycle. Les deux derniers opus ont été rajoutés en 1982 et 1986. Voici les résumés fournbis par l'éditeur des cinq volumes :

FONDATION
En ce début de treizième millénaire, l'Empire n'a jamais été aussi puissant, aussi étendu à travers toute la galaxie. C'est dans sa capitale, Trantor, que l'éminent savant Hari Seldon invente la psychohistoire, une science nouvelle permettant de prédire l'avenir. Grâce à elle, Seldon prévoit l'effondrement de l'Empire d'ici cinq siècles, suivi d'une ère de ténèbres de trente mille ans. Réduire cette période à mille ans est peut-être possible, à condition de mener à terme son projet : la Fondation, chargée de rassembler toutes les connaissances humaines. (416 pages, 5,50 €)
FONDATION ET EMPIRE
Tandis que les crises qui secouent l'Empire redoublent de violence et annoncent son effondrement définitif, la Fondation devient de plus en plus puissante, suscitant naturellement convoitise et visées annexionnistes. C'est alors qu'apparaît un mystérieux et invincible conquérant, surnommé le Mulet, que le plan de Seldon n'avait pas prévu... (432 pages, 6 €)
SECONDE FONDATION
La Fondation est désormais aux mains du Mulet, un mutant imprévisible capable de manipuler les esprits et d'imposer sa volonté à quiconque. Avec ses pouvoirs et les immenses ressources que lui procurent la Fondation, il s'est donné pour objectif d'étendre sa domination aux ultimes vestiges de l'Empire défunt. Mais déjà une nouvelle légende prend forme : il existerait une seconde Fondation, consacrée aux sciences mentales, œuvrant de façon occulte pour garantir l'accomplissement des desseins du légendaire Hari Seldon... (432 pages, 6 €)
FONDATION FOUDROYÉE
Cinq siècles après l'établissement des deux fondations, alors même que la Première Fondation n'a jamais été aussi puissante, un nouveau protagoniste semble entrer en jeu, œuvrant dans l'ombre à l'insu de tous. Peut-être tient-il entre ses mains le devenir de l'humanité tout entière... (640 pages, 7 €)
TERRE ET FONDATION
Tout porte à croire que le légendaire berceau de l'humanité se trouve au cœur d'un vaste plan à l'échelle galactique, destiné à garantir en coulisses la pérennité de la civilisation : une synthèse parfaite entre le matérialisme de la Première Fondation et le mentalisme de la Seconde. (688 pages, 7, 60 €)
Ces titres, qui peuvent se lire indépendamment les uns des autres, sont également proposés dans un élégant coffret à 32,10 euros.

13/06/2009

Rubine, aussi belle que Natacha

Rubine 11.jpgFrançois Walthéry a la réputation d'être lent. Très lent. Un dessinateur exceptionnellement doué, mais trop pointilleux, méticuleux. Après avoir usé ses fonds de culottes aux studios Peyo, il a volé de ses propres ailes en lançant Natacha : la première héroïne ouvertement sexy tout en étant publiée dans un journal pour la jeunesse. Elle a remporté un beau succès, et c'est pour qu'elle soit plus présente dans les pages de Spirou qu'il a pris des assistants pour dessiner les décors. Mittéï, Laudec, Jidéhem et même Will.
Natacha existe toujours, mais n'est plus la priorité de Walthéry. Il préfère se consacrer aux aventures de Rubine, flic américain à la plastique tout aussi rebondie que Natacha. Mais même là, Walthéry est au service minimum. Normalement, il se contente de dessiner l'héroïne. Mais dans le 11e titre de la série, « Photo de classe », il semble que Di Sano, le nouveau dessinateur, ait tout réalisé. Cela n'enlève rien à l'intérêt de l'album qui bénéficie toujours des scénarios denses et plein de rebondissements de Mythic. La belle Rubine, filmée 24 h/24 par une équipe de télévision pour faire la promotion de la police de Chicago, va enquêter sur une histoire de chantage. Dix ans auparavant, un adolescent est mort noyé dans un lac gelé. Une cassette vidéo prouve qu'il a été poussé par ses camarades. Des élèves devenus adultes, riches, et qui doivent payer pour cette faute de jeunesse. Une intrigue qui se double des agissement machiavéliques d'une riche famille bourgeoise. Ce nouveau cycle verra sa conclusion dans le prochain titre, « Lac Wakanala ».
« Rubine » (tome 11), Le Lombard, 9,45 €
P. S. Pour les nostalgiques de Natacha, les éditions Dupuis reprennent les aventures de la belle hôtesse de l'air dans des intégrales richement documentées. Le 3e tome, récemment paru, reprend les « Voyages dans le temps » dont les excellents « Instantanées pour Caltech » et « Les machines incertaines ». (Dupuis, 18 €)