09/02/2010
L'hommage aux Tuniques Bleues
Le dernier festival international de la bande dessinée d'Angoulême était présidé par Blutch. Ce dessinateur qui est passé par Fluide Glacial et publie maintenant chez Futuropolis doit son pseudonyme au personnage des Tuniques Bleues. Logiquement il a décidé de mettre au programme du week-end charentais une exposition hommage à cette série grand public qui caracole en tête des ventes depuis plusieurs décennies. Cet album de 80 pages est en quelque sorte le catalogue de l'exposition. On y retrouve l'historique de la série, des entretiens avec les deux auteurs, Cauvin le scénariste et Lambil le dessinateur ainsi que quelques hommages signés, entre autre, Zep, Larcenet, Blutch, Bouzard ou Bercovici. Le lecteur découvrira également un mini récit datant de 1990 dans lequel les deux créateurs expliquent leur fonctionnement avec une auto dérision très rafraîchissante. En plus d'un lexique des principaux personnages (une cinquantaine pour autant d'albums...) Lambil montre en fin d'ouvrage quelques unes de ses aquarelles. Sublimes, tout simplement sublimes...
« L'hommage aux Tuniques Bleues », Dupuis, 25 €
10:20 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lambil, cauvin, dupuis, blutch, tuniques bleues
08/02/2010
Triste campagne
Dans ce polar ténébreux de Claude Bathany se déroulant dans une ferme en Bretagne, ce qui reste d'une famille tente de survivre à l'infamie du père.
Cela aurait pu s'appeler « Bienvenue chez les frenchy freaks ». Ce roman de Claude Bathany est avant tout une galerie de personnages tous plus barrés les uns que les autres. Et tous de la même famille, vivant ensemble dans un grand corps de ferme entre pâturages, vaches laitières et clapiers à lapins. Il fut un temps où il faisait bon vivre dans ce petit coin préservé. Quand le père, Etienne Argol, ancienne vedette de la chanson française s'était retiré sur ces terres pour y élever, en compagnie de sa femme, sa petite tribu : deux garçons, une fille et des jumeaux. Mais un jour, la star est tombée de son piédestal. Depuis la ferme est devenue « le trou du cul du monde », une sorte de lieu malsain où régulièrement des malades viennent voir l'endroit où vivait le « monstre ». Etienne Argol a été retrouvé pendu. Avec un bref mot manuscrit. Il s'accusait d'avoir enlevé et tué plusieurs enfants de la région. La dernière victime étant sa propre fille, la jumelle de Lucas.
Le texte est présenté sous forme de longs monologues de chaque personnages. Les membres de la famille Argol mais également les autres protagonistes de l'affaire, vieille de quelques années. Premier à entrer en scène, Dany. C'est le playboy, celui qui tient le plus de son père qui fut en son temps un grand coureur de jupons. Dany qui a décidé de relancer l'exploitation agricole. Il passe donc ses journées à s'occuper de ses vaches laitières. Le soir, il va culbuter les bourgeoises qui savent toutes qu'elles ne seront pas déçues.
Lucas et sa marionnette
L'aîné, Jean-Bruno, est un ancien boxeur. Il continue à s'entraîner sur le ring placé au milieu de la grange. Malgré le souvenir. C'est là qu'ils ont découvert leur père, pendu à une poutre. Jean-Bruno qui s'est lancé dans une grande tâche : édifier un mur tout autour de la propriété. Un mur pour le protéger des autres, de l'extérieur. Lucas, le plus jeune, est limite mongolien. Il a complètement viré schizophrène après la mort de sa soeur jumelle. Il l'a remplacée par une marionnette, Olive, qu'il a presque en permanence sur la main. C'est elle qui s'exprime à sa place. Olive, marionnette apaisante. Quand Lucas l'abandonne (notamment quand elle a ses règles...), il peut rapidement partir en vrille. Mieux vaut l'éloigner des armes à feu et des fillettes.
Enfin il y a Cécile. La seule fille de la maison. Grosse, lesbienne, passionnée par les armes à feu : elle semble en guerre contre tout le monde, notamment les tarés qui lui servent de famille. Elle est caissière dans une supérette, rêve de partir, loin. Mais elle est surtout lucide, très lucide : « Accepter sa laideur, c'est souvent une force, on peut mourir sans regret parce qu'on a un avantage sur les autres : on sait qu'on n'est qu'une bête. » Pour compléter le tout, cerise sur le gâteau, il y a la mère. Atteinte d'Alzheimer, elle passe ses journées à chasser les mouches, regarder la télé sans le son et se faire sur elle. La corvée de couches, à tour de rôle, est ce qui est le mieux partagé entre ses rejetons.
Cette galerie de portraits hallucinante, l'auteur nous la distille par touches subtiles. De l'incrédulité, on passe rapidement à l'effroi puis à la pitié. Ce petit coin de Bretagne survit comme il peut, dans la routine, dans le souvenir de l'horreur. Tout change quand Lucas ramène à la maison Flora, une jeune routarde qui semble égarée. Mais Flora n'est pas là par hasard. Dany puis Cécile vont se casser les dents dans leurs tentatives de séduction. C'est tout autre chose que Flora recherche : la vérité dans cette affaire qui paraissait un peu trop évidente à l'époque.
Ce roman policier hors normes, dérangeant, loin des sentiers battus ne vous décevra pas si vous êtes lassé par le politiquement correct. Même la fin imaginée par Claude Bathany aura ce goût amer, si caractéristique de la triste réalité.
« Country Blues », Claude Bathany, Métailié Noir, 8 €
09:16 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : claude bathany, métailié
07/02/2010
Dieu trop puissant
« Genuine City » d'Igor Dedic offre l'avantage de toucher à tous les genres possibles et imaginables en 48 pages. Cela commence comme de l'héroic fantasy, puis cela dévie vers la mythologie, le péplum, la piraterie pour finir dans de la science-fiction pure et dure. Un mélange assez déroutant car le lecteur est balloté d'un univers à un autre, d'une réalité à un imaginaire. Mais l'ensemble passe comme une lettre à la poste grâce au dessin de Dedic. Cet auteur, vivant à Montpellier, après des années à travailler dans le milieu du dessin animé, a décidé de proposer aux lecteurs de BD son propre univers. Son dessin, réaliste et précis, prend toute son ampleur avec l'entrée en scène de Léonidas, le Dieu tout puissant de cet univers. Il a une tête de lion et fait ce qu'il veut de ses sujets. Notamment de Polak, un blond guerrier au passé mystérieux. Il est beau, courageux, loyal mais pas très futé. Au grand désespoir de Léonidas. Le Dieu-lion va s'amuser avec ce jouet humain mais à ses risques et périls, quelques souvenirs de Polak vont remonter à la surface.
« Genuine City » (tome 1), Drugstore, 13 €
06:40 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dedic, drugstore, genuine city
06/02/2010
Campagne adorée
Un couple de citadins décide de refaire sa vie à la campagne. Ils débarquent donc dans une maison entourée de verdure. Cela fait la joie de leur petite fille, Annaëlle, qui va se faire de nouveaux amis : poules, canards, chèvre, cochon... Le premier tome de cette série jeunesse de Nicolas Jarry (scénario) et Paolo Deplano (dessin) s'intitule « L'odeur du foin ». Cette série de gags a des airs de « Retour à la terre » de Larcenet et Ferry. Mais avec moins d'acuité et plus de légèreté. On découvre le nouvel environnement de la famille grâce aux yeux de la petite fille. Si elle croit que la voisine, une vieille dame peu bavarde, est une sorcière, elle ne croit plus aux loups et aime à se promener dans la forêt. Le portrait du père est lui aussi très abouti. Dans un corps massif et derrière une barbe fournie se cache un cœur tendre se demandant s'il a fait le bon choix pour les siens. Une bande dessinée humoristique sans prétention, véritable bouffée d'air frais qui ne caricature pas complètement la campagne et ses habitants, même si l'image donnée des chasseurs est parfois discutable.
« Un coin de ciel bleu » (tome 1), Delcourt, 9,95 €
11:37 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jarry, deplano, delcourt
05/02/2010
Magouilles à l'Elysée
Envie de savoir ce qui se trame exactement dans les entrailles du Palais de l'Elysée ? Cette nouvelle série tente de donner une réponse. Plus exactement, Benec, le scénariste, imagine ce que peut être le rôle d'un service action entièrement dévoué au président (le Pacha dans l'album) et totalement affranchi des lois et de la morale. Sisco est le personnage principal. On ne peut pas véritablement parler de héros car il est tout sauf exemplaire. Il vient de recevoir un nouvel ordre de mission. Il franchit quelques portes et se retrouve dans le bureau d'un conseiller du président. Ce dernier a des ennuis judiciaires. Il a l'intention de raconter quelques secrets à une journaliste avant de se retrouver derrière les barreaux. Sisco lui explique que cette décision n'est pas la bonne avant de lui loger une balle dans la tête. Parfait pour faire croire à un suicide. Problème : un laveur de carreaux a vu la scène et parvient à prendre la fuite. Le reste de l'album raconte la chasse de cet homme avant que le service et le Pacha ne soient éclaboussés. De la politique fiction, inspirée d'un véritable fait divers, dessinée par Thomas Legrain.
« Sisco » (tome 1), Le Lombard, 10,95 €
07:53 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : benec, legrain, lombard, sisco
04/02/2010
Dérive africaine
Un bateau de croisière sur un fleuve africain est capturé par des rebelles. Une prise d'otages sur fond de confrontation de civilisations.
Tourisme et exotisme. Tel était le programme de cette croisière à bord du Katarina sur un fleuve africain. Le luxueux bateau embarque dans ses cabines un groupe de riches occidentaux. Toute une palette représentative de ce monde aux certitudes bien ancrées. Il y a des Américaines, « deux bigotes évangélistes », Nagimpaul, un écrivain alcoolique, provocateur et obèse, deux Italiennes douces et charmantes, Louis, un ami du narrateur, le docteur Saulnier, Marie, la femme de compagnie d'un vieillard qui se meurt dans le lit de sa cabine, Dasqueneuil, « homme gras et rougeaud » au « verbe haut ». Et puis le narrateur. Un journaliste et cinéaste qui ne fait pas du tourisme mais des repérages pour un film qu'il compte réaliser sur une région particulière de ce pays à la faune riche et typique.
La croisière suit son cours, lentement, rythmée par les repas et les soirées au bar. Mais déjà les premiers signes du bouleversement à venir apparaissent. Il est de plus en plus question de Elimane Ba, le chef de la rébellion. Une révolte qui prend un peu plus de réalité quand les touristes apprennent dans un texto : « Ils ont pris la télévision ».
Enfants soldats
Mais tout le monde n'a pas la même perception de la réalité. Alors que certains commencent à s'inquiéter, d'autres n'ont qu'un but : profiter de leur coûteuse croisière. C'est le cas de Nagimpaul découvrant, gourmand, que trois belles et jeunes autochtones ont réussi à monter à bord. Elles sont entrées « dans la salle à manger du bateau avec leurs airs candides, leurs jupes satinées moulantes et leur démarche vacillante à cause des chaussures à talons aiguilles ». Un petit scandale qui offusque les Américaines et les Italiennes. Le lendemain, le brouhaha est encore plus grand quand on découvre dans la cabine de Nagimpaul une des Africaines, nue et morte. L'écrivain, lui, cuve ses alcools forts dans un fauteuil du solarium.
Ce fait divers sordide vient encore plus plomber l'ambiance. Le bateau a sauté une escale, pour raison de sécurité, et quelques heures plus tard un groupe armé parvient à monter à bord et à s'emparer du navire. Les touristes deviennent otages... Le narrateur explique parfaitement le changement d'état d'esprit : « Jusque-là je m'étais senti protégé par un sentiment d'irréalité, d'incrédulité, l'idée, la relative certitude que notre statut d'étranger nous garantissait à jamais contre les périls, les fléaux, les guerres. Mais écrasé contre le métal graisseux avec au-dessus de moi le bourdon du haut-parleur, je découvrais que ma vie ne tenait à presque rien : une rafale de fusil-mitrailleur, un doigt d'enfant sur une gâchette. »
Le roman de François Emmanuel raconte ces huit jours particuliers. Comme un condensé de toutes les émotions possibles dans une existence. Certains ne s'en sortiront pas, d'autres auront la chance de survivre. Le narrateur, avec sa caméra, deviendra un témoin privilégié de l'histoire en mouvement. Loin du thriller à l'américaine au rythme échevelé et au suspense allant crescendo, le texte de cet écrivain belge ayant déjà signé une quinzaine d'ouvrages est dense, cérébral, introspectif. Il ne décrit pas l'action mais nous laisse la deviner. Comme un hommage à cette malédiction africaine entre fatalisme et résignation.
« Jours de tremblement », François Emmanuel, Seuil, 16 € (Photo John Foley)
08:38 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : françois emmanuel, seuil
03/02/2010
Inquiétantes bestioles
Si le monde d'Avatar vous a émerveillé, vous apprécierez aussi cette BD au dessin rond et enfantin, au message assez similaire, le politiquement correct en moins. Hubert (scénario) et Ohm (dessin) ont imaginé ce monde si différent. Les habitants des îles ont décidé de laisser le continent à l'état sauvage, pour ne pas détruire le fragile équilibre naturel. La jeune pilote de montgolfière, Luanne, flanquée d'un commandant alcoolique et d'un stagiaire fils à papa, se crache dans la jungle. Immédiatement ils sont pris à partie par les milliers de bestioles autochtones qui considèrent cette intrusion comme une agression. Déroutant dans les premières pages, ce gros album de 72 pages devient rapidement passionnant. Assurément une des révélations du festival d'Angoulême qui s'est déroulé le week-end dernier et qui a couronné Baru (Grand Prix) et Riad Satouf (meilleur album avec Pascal Brutal).
« Bestioles », Dargaud, 19 €
06:20 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : hubert, ohm, dargaud, bestioles
02/02/2010
Un lémurien en colo
Fabrice Tarrin, dessinateur surdoué digne héritier de Franquin (il vient d'ailleurs de « toiletter » quelques cases des Spirou du maître belge), semble vouloir s'éloigner des série classiques. Il fait partie de ces créateurs qui ont découvert toutes les possibilités offertes par les blogs-BD. Régulièrement, il racontait son quotidien dans des histoires courtes où il se mettait en scène sous la forme d'un lémurien prénommé Maki. Le personnage a séduit les éditions Dupuis et devient héros de BD à part entière. Son premier album est basé sur des anecdotes vécues par l'auteur. Maki tombe dans une colonie de vacances dont le budget est détourné par le directeur, où les moniteurs sont des tire-au-flanc alors que trois racailles sèment la terreur. Heureusement, il rencontre la sublime Alice...
« Maki » (tome 1), Dupuis, 10,95 €
Vous pouvez vous faire une idée de cet albums sur le blog de Tarrin, avec en plus des inédits, notamment les scènes coupées car trop chaudes ou gore...
07:13 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fabrice tarrin, maki, dupuis
01/02/2010
Diamants glacés
La mode, dans la BD adulte, est aux séries concept. Ce ne sont plus des personnages récurrents mais des situations. Ainsi les éditions Delcourt ont demandé à plusieurs équipes de plancher sur un casse, un hold-up. Première livraison, « Diamond », de Christophe Bec et Dylan Teague. L'action se déroule en Sibérie. Une petite équipe de malfrats va tenter de dérober une cargaison de diamants fraîchement extraits des mines de la région. On suit la mise en place du casse, de l'infiltration de la société par un comptable véreux à l'action sur un lac gelé. C'est du grand art, tant dans le scénario que dans l'exécution. Bec semble avoir pris un malin plaisir à faire que la machine bien huilée se grippe au plus mauvais moment.
« Le casse, diamond », Delcourt, 14,95 €
17:11 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bec, dylan teague, delcourt, le casse
29/01/2010
Gitans intergalactiques
Dans un futur très lointain, quand les voyages intergalactiques seront aussi communs que d'aller acheter son pain chez le boulanger, les Gitans n'ont pas changé. Ils ont le sang chaud et ont troqué leurs caravanes pour des vaisseaux aux soutes souvent pleines de marchandises issues de différents trafics. Des gitans qui comme aujourd'hui ont régulièrement des démêlés avec la justice. Dans les premières pages de cette nouvelle série de SF écrite par Lupano et dessinée par Cauuet, Toni Tzarom, le patriarche de cette famille, reçoit la visite de Gabriel Sauzé, avocat au barreau de Prétonia. Il a été commis d'office pour défendre les intérets de Lubna, la compagne de Toni. Elle est accusée d'avoir volé un alien. Toni nie en bloc. Mais il n'a pas trop le temps de s'étendre car sa fille, la belle et volcanique Rona, arrive sur les chapeaux de roues après avoir dérobé quelques futs de gaz toxique à des poulpes assez énervés. On ne s'ennuie pas une minute dans cette BD truffée de gags et d'aliens bizarres, sans oublier ces gitans intergalactiques, caricatures bien sympathiques d'une communauté trop souvent décriée.
« L'honneur des Tzaroms » (tome 1), Delcourt, 12,90 €
06:12 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lupano, cauuet, delcourt
28/01/2010
Mère de substitution
Cette BD, à la croisée d'Alice au Pays des Merveilles et du David Copperfield de Dickens, est une œuvre très personnelle de deux auteurs, Bouton et Fortier, prenant le risque, pour leurs débuts, d'imposer un monde et un style très personnels. Au début du siècle dernier, dans une rue commerçante, deux jeunes orphelins, Janus et sa petite sœur Prune, viennent de chaparder des pommes. Ils vivent libres jusqu'au jour ou Janus, renversé par un cheval, perd la vue. La liberté aussi puisqu'ils sont placés dans un orphelinat. Mais une nuit, un mystérieux chat, Braise, les invite à visiter son pays « suprafantasmallégorique » et de rencontrer la reine qui se propose de devenir leur maman, à tous. Le petit groupe suit le félin, dans un cimetière puis effectivement dans une ville qui ressemble à une fête foraine. Si Janus est sous le charme, Prune est réticente. Elle sent que tout sonne faux. Et c'est elle qui découvre, la nuit venue, que le joli pays a des côtés plus sombres et dangereux. Un premier tome enchanteur, très prenant, aux dialogues poétiques et aux dessins ressemblant à des enluminures de contes de fées peuplées de monstres hideux.
« Braise » (tome 1), Dargaud, 10,95 €
06:54 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bouton, fortier, dargaud
27/01/2010
Le vampire de Düsseldorf
La série « Assassins » écrite par Rodolphe et dessinée par Jeanne Puchol c'est un peu la version BD de « Faites entrer l'accusé », mais sans Christophe Hondelatte, heureusement. Le concept de la série surfe sur cette mode de l'utilisation à l'excès des grands faits divers. Après avoir retracé les exploits du docteur Petiot, les auteurs s'intéressent au Vampire de Düsseldorf qui a terrorisé une bonne partie de l'Allemagne à la fin des années 20. Le tueur, quadra gentil et attentionné avec les jeunes femmes, se révèle un abominable boucher quand il sait que ses proies ne pourront plus se défendre. Violées, éventrées, égorgées : ce sont dix femmes qui périront sous ses coups. Il avouera, après avoir été capturé suite à une dénonciation anonyme (les nazis commençaient à mettre leur emprise sur le pays) qu'il aimait entendre le bruit du sang qui coule... Un récit froid qui, tout en présentant le tueur, donne quelques clés pour comprendre cette Allemagne en pleine mutation. Le dessin de Jeanne Puchol a un petit air rétro qui s'accorde parfaitement avec l'époque.
« Assassins » (tome 2), Casterman, 10,40 €
12:47 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rodolphe, puchol, casterman
26/01/2010
A l'école des vampires
Les vampires sont effectivement éternels. Après une petite période d'éclipse, ils sont de nouveau très présents dans l'édition...
Comment devient-on un vampire ? La tradition voulait que le vampire se reproduisait par succion. Un coup de dent mal placé et vous voilà transformé en être de la nuit. Une version officielle de plus en plus battue en brèche par divers auteurs qui tentent de réinventer le mythe.
Le vampire suceur de sang a fait son temps. Il devient beaucoup plus cool dans « La Maison de la nuit », série écrite par PC Cast et sa fille Kristin. Le vampire est en fait choisi, marqué, par des prêtresses qui butinent ainsi dans la jeunesse américaine. Zoey, adolescente basique d'une ville de province, mène sa petite existence morne entre une mère absente, un beau-père tyrannique, une grande sœur brillante et un petit frère capricieux. Le banal s'interrompt d'un coup d'un seul quand elle aperçoit un Traqueur se dirigeant vers elle. Un vampire d'un genre particulier. Il se plante devant Zoey et de son long doigt blanc trace la marque (un croissant de Lune repris en couverture) qui la désigne comme future vampire. Elle n'a alors qu'une nuit pour rejoindre La Maison de la nuit, le pensionnat chargé d'éduquer et de superviser la transformation des jeunes vampires.
En quelques heures, la jeune fille va perdre tous ses repaires. Elle ne pourra plus voir ses anciens amis, ni sa famille. De toute manière ces derniers la fuiront car les vampires n'ont pas bonne presse dans cette société imaginée par la famille Cast. Certes beaucoup sont des artistes renommés, mais ils font toujours peur et sont les bêtes noires de la religion dans le vent, le Peuple de la Foi. Zoey rejoint donc la Maison de la Nuit, après une nuit agitée au cours de laquelle elle sera visitée par Nyx, la déesse des vampires.
Aphrodite, l'affreuse
Dès son entrée dans le pensionnat, le roman prend un tour plus teenager. Zoey a beau être marquée, elle reste avant tout une adolescente obligée de s'affirmer dans une communauté fermée. On croisera rapidement les différents protagonistes de ce premier tome. Les bons, ceux qui deviendront ses amis et la défendront comme Lucie, sa colocataire, une blonde fermière fan de country, Damien, gay et intelligent, Erin, blonde et joviale. Du côté des méchants, la figure d'Aphrodite domine. Cette « petite blonde presque parfaite fait penser à Sarah Jessica Parker, en plus jeune. »
Une véritable peste qui va rapidement s'affronter à Zoey. Il est vrai que cette dernière a une particularité qui fait beaucoup jaser dans la Maison de la Nuit. Elle n'a été désignée que depuis un jour mais elle a déjà une Marque entièrement colorée. Un stade qui n'est normalement atteint qu'au bout de trois années d'études vampiriques.
Ce roman, dans l'air du temps, passionnera les jeunes filles romantiques et les jeunes adultes à l'imagination foisonnante. S'il n'échappe pas à quelques clichés véhiculés dans l'imaginaire américain, il a le mérite de décrire rationnellement la transformation de la jeune Zoey en vampire, vivant la nuit, aimant la liberté et qui ne peut s'empêcher d'être attirée par le sang frais. Car même très édulcoré, ce petit monde vampirique ne peut pas se perpétuer sans une pinte de ce liquide rouge et épais, à l'odeur lourde et prenante.
Le premier tome, en plus de poser le décor et les personnages principaux, est le début d'un cycle en trois épisodes. Le second, « Trahie » est annoncé pour juin prochain alors que la conclusion, « Choisie » paraîtra en novembre de cette même année.
« Marquée » (La Maison de la Nuit, tome 1), PC Cast et Kristin Cast, Pocket Jeunesse, 14,95 €
08:17 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maison de la nuit, cast, pocket jeunesse
25/01/2010
Famille moderne
Trop souvent l'image de la famille dans la création française est aseptisée, voire complètement irréaliste. Clémence, dans cette BD de 192 pages en noir et blanc qui se lit comme une succession de tranches de vie, a trouvé un accent de vérité, de sincérité, qui dénote avec la majorité de la production. Ce couple de quadra a inversé les rôles. La femme, écrivain, apporte sécurité financière à la cellule familiale alors que le mari se contente de mitonner de bons petits plats. Il est homme au foyer se chargeant de l'éducation des trois enfants : une grande fille, un peu coincée, timide et complexée, la seconde, plus jeune donc mais très dévergondée, profitant de tous les plaisirs de la vie, notamment de son pouvoir sur les jeunes mâles et le dernier, un garçon, boutonneux, rebelle et qui ne trouve la paix qu'en compagnie de son hamster, Sonia. Sans oublier la mère de l'épouse, grabataire dans un fauteuil roulant. C'est la vie de tous les jours que Clémence décrit, petits déjeuners joyeux, repas tristes et fêtes improvisées. C'est frais, simple et criant de vérité.
« Rillettes au sucre » (tome 1), Delcourt, 8,95 €
06:24 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : clémence, delcourt
24/01/2010
L'appel de l'Ailleurs
Les Enfants d'ailleurs sont de retour. Les trois premiers tomes formaient une histoire cohérente. Ce sera le premier cycle. Cette histoire fantastique d'une bande de copains découvrant un passage vers un autre monde va donc se poursuivre. Les événements ont eu raison de l'amitié des quatre jeunes héros. Maxime, marqué par la mort d'Ilvanna, préfère traîner avec des grands qui explorent les prémisses de la délinquance. Rébecca, atteinte d'une maladie grave, est en train de mourir à petit feu dans un hôpital. Seuls Noé et Théo continuent à se voir. Ils tentent même de refaire fonctionner la porte du père Gab. Tout repart quand Rébecca est poussée, par un mystérieux fantôme, à retourner vers le passage. Elle est persuadée que c'est dans l'autre monde qu'elle découvrira le remède à son mal. La magie de Nykko (scénario) et Bannister (dessin) est toujours aussi convaincante. A conseiller à tous les jeunes lecteurs dès 8 ans.
« Les enfants d'ailleurs » (tome 4), Dupuis, 9,95 €. L'intégrale du premier cycle vient également de paraître, 140 pages, 15,50 €
06:30 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nikko, bannister, dupuis
23/01/2010
Le trésor du Tonkin
Troisième et dernier titre du cycle asiatique des aventures de Yann Calec, capitaine de la marine dans les années 50. Yann est en Indochine. Il a une mission : remettre une lettre à un jeune légionnaire. C'est son père qui veut renouer avec son fils devenu adulte. Mais le soldat Marchand a déserté. Yann va donc le rechercher et retrouver la trace... de son propre père. Dans cette colonie en pleine guerre, Yann Calec va apprendre à ses dépens que certaines vérités ne sont pas toujours bonnes à apprendre. Après trahisons et coups de théâtre, il sera au centre d'une chasse au trésor. Des kilos d'or qui sont passés de mains en mains alors que les Viets prenaient le contrôle du Nord du pays, dans la région de Cao Bang. Kraehn, le scénariste, a puisé dans l'histoire de cette région, pour échafauder une intrigue très plausible. Il a parsemé le récit de personnages secondaires tous plus affreux les uns que les autres. Il est vrai qu'à l'époque, la mort guettait derrière chaque virage. Jusseaume, au dessin, de plus en plus académique (pour ne pas dire parfait), donne corps et vie à cette jungle hostile.
« Tramp » (tome 9), Dargaud, 13,50 €
06:27 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kraehn, jusseaume, tramp, dargaud
21/01/2010
Jacques Martin s'éteint, Alix et Lefranc continuent
Jacques Martin, créateur de Lefranc et Alix, s'est éteint ce jeudi à l'âge de 88 ans.

Cet auteur complet, après des années d'apprentissage auprès de Hergé, a volé de ses propres ailes cré »ant deux des héros les plus emblématiques de la BD franco-belge classique, Alix, le jeune Gaulois vivant des aventures au temps de l'empire romain et Guy Lefranc, reporter délaissant souvent sa plume pour sauver le monde. Jacques Martin, après avoir animé les aventures de ces deux personnages de l'âge d'or de la BD, en a supervisé la reprise. Contrairement à Hergé qui a toujours déclaré que ses personnages ne lui survivraient pas, Jacques Martin voulait qu'Alix et Lefranc continuent de distraire plusieurs générations. Malade, ayant quasiment perdu la vue, il a laissé quantité de synopsis ou de pistes pour les différentes « équipes » qui assurent la continuité des séries. Ainsi l'an dernier un nouvel Alix et le mois dernier un Lefranc se déroulant dans le milieu minier des années 50 dans le Nord faisaient partie des meilleures ventes de nouveautés.
Jacques Martin a rencontré un très grand succès public avec la série Alix. Ce jeune Gaulois a fait ses débuts dans les pages du journal Tintin au côté d'autres sommités du monde du 9e art, Tintin, Corentin de Cuvelier et Blake et Mortimer de Jacobs. Le dessin d'un réalisme parfait, quasi anatomique, permettait au lecteur de plonger dans cet empire romain en plein essor. Les albums ont ensuite été publiés aux éditions Casterman qui a fait bonifier cet univers en multipliant les titres et les collections. Jacques Martin a durant ces 20 dernières années lancé d'autres personnages comme Arno (dessiné par Juillard), Jhen (dessiné par Pleyers) ou très récemment Loïs (dessiné par Olivier Pâques). Il a également supervisé des albums d'illustrations présentant des régions ou villes historiques ,théâtre des aventures de ses personnages. Ainsi Jhen a servi de guide dans la cité de Carcassonne, album paru en février 2006.
19:45 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jacques martin, alix, lefranc, casterman
Père et fils en galère
Nick Cave, rocker et musicien australien, dévoile une autre facette de son talent dans ce roman halluciné, triste et dramatique.
Bunny Munro est un chaud lapin. Bunny Munro a beaucoup de succès auprès des femmes. Ce représentant de commerce vendant des produits de beauté sillonne les routes d'Angleterre alignant les conquêtes féminines comme d'autres remplissent des grilles de mots fléchés. Mais Bunny Munro est marié. A Libby. Ils ont un petit garçon, Bunny Boy, âgé de 9 ans. Dans les premières pages de ce roman, Bunny est en bonne compagnie dans une chambre d'hôtel. Une superbe prostituée originaire des Caraïbes. Tout en s'occupant d'elle, il a Libby au téléphone. Sa femme, sous antidépresseurs, perd la raison. Pour la calmer, Bunny lui promet de vite rentrer à la maison. Mais la nuit sera longue, très longue. Le lendemain matin, en prenant son petit déjeuner dans son hôtel, Bunny ne regrette rien. Exactement il ne se souvient de rien car en plus d'être un tombeur, il boit comme un trou. En sirotant son café, il se regarde dans une glace et trouve « l'image qu'il a devant lui pas si déplaisante. Bunny n'est pas un génie, ni un visionnaire ni un sage, mais il voit tout de suite pourquoi les dames en pincent pour lui. Ce n'est pas le tombeur standard musclé à la mâchoire carrée, ni l'homme à femmes avec la ceinture de smoking, mais il dégage quelque chose, même avec la trombine fracassée par l'alcool, il exerce un charme magnétique qui passe par les plis d'humanité qui se forment aux coins de ses yeux quand il sourit, l'arcade sourcilière qui se fronce avec malice et ses joues qui se creusent de fossettes à vous faire péter l'hymen quand il rit. »
Fuir ses fantômes
Le problème c'est que Bunny vit ses derniers jours. C'est expliqué par l'auteur dès les premières pages et dans le titre. La mort qui fait une entrée fracassante dans sa vie quand il franchit enfin la porte de son appartement. Un appartement dévasté. Bunny Boy explique que c'est Libby qui a craqué. Quelle est enfermée dans sa chambre et qu'elle ne répond plus. Bunny pénètre dans la chambre et découvre « Libby Munro en nuisette orange, pendue à la grille de sécurité. » « Elle a le visage violet comme une aubergine ou un truc dans le genre et, un court instant, Bunny se dit en fermant les yeux de toutes ses forces pour chasser cette pensée, que ces nichons, c'est quelque chose. »
Après des obsèques croquignolesques, Bunny noie son chagrin au cours d'une soirée en compagnie de ses collègues. Cela vire à la beuverie puis à la partouze. Bunny est donc en-dessous de tout. Pourtant son fils l'aime. C'est vrai qu'il n'a plus que lui. Un Bunny Boy qui lui aussi semble un peu atteint quand il est persuadé que sa mère continue à lui parler.
Après une première partie très borderline, Nick Cave concentre son récit sur le père et son fils. Ils partent en voiture, prennent la route; roulent sans but. Comme pour mieux s'éloigner de ces fantômes un peu trop présents.
Roman trash, roman triste, « Mort de Bunny Munro » entraîne le lecteur sur les chemins cabossés du remord et des regrets, de la vie qui file trop vite, de l'essentiel masqué par le clinquant et le plaisir facile. Un long blues de 330 pages, comme une de ces chansons que chante Nick Cave avec sa voix grave de crooner très fatigué.
Mort de Bunny Munro », Nick Cave, Flammarion, 20 €
06:19 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nick cave, flammarion
20/01/2010
De mâle en pis
Raoul Cauvin a vendu suffisamment de millions d'albums dans sa carrière (Tuniques Bleues, Cédric, Pierre Tombal...) pour avoir le droit de se faire plaisir. Il avait ainsi imaginé une histoire improbable de taureau se sentant vache et donc incapable d'accomplir ce pour quoi on l'a acheté : se reproduire. Désiré, qui en plus avait le pouvoir de parler avoir été frappé par la foudre, avait finalement trouvé une astuce pour assurer une descendance à la vache du fermier. Toujours avec De Thuin au dessin, Cauvin a imaginé une suite tout aussi savoureuse dans les situations que les personnages. Revoilà Désiré, son problème de virilité et de fertilité. Une parabole sur les différences et la tolérance. Avec une fin presque mélodramatique comme jamais Cauvin n'avait osé en écrire.
« Coup de foudre » (tome 2), Dupuis, 9,95 €
06:11 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : raoul cauvin, de thuin, coup de foudre, dupuis
19/01/2010
L'ado pour les nuls
Pat a 13 ans, l'âge « où le monde entier est ligué contre vous ! » Anne Guillard a imaginé ce prototype de fille mal dans sa peau et dans son époque. Entre une grande soeur apprentie top-model et ne jurant que par la Star Ac', une petite soeur pourrie gâtée, une mère pro-bio et un père geek, elle a toutes les difficultés pour se repérer. Heureusement il y a des constantes, comme l'amour. Notamment celui qu'elle porte à Ludo, le beau gosse qu'elle a parfois la chance de croiser dans le bus. L'intérêt de ces gags, outre qu'il nous font découvrir le monde sans pitié des ados, est que finalement rien n'a changé de génération en génération...
« Ma vie d'ado », Vents d'Ouest, 9,40 €
06:07 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anne guillard, vents d'ouest


