04.08.2008
Prédateurs financiers
Cette série, entre polar et analyse politique, est ancrée dans la réalité. Même si en préambule, l'auteur, Philippe Richelle, précise que "cette histoire est une oeuvre de fiction", on ne peut s'empêcher de retrouver dans ces planches des réminiscences d'une actualité récente. "Les coulisses du pouvoir" se passent en Angleterre, mais souvent la commission européenne joue un rôle important. Caine et Burkinshaw, duo d'enquêteurs, tentent de comprendre comment un administrateur de sociétés immobilières, John Atkins a pu se suicider de deux balles dans la tête. Un de ses associés, McCaine, vient de disparaître. L'enquête progresse et les policiers anglais trouvent dans les casseroles des deux hommes une histoire d'escroquerie aux subventions européennes. Le commissaire européen de l'agriculture de l'époque semble avoir touché sa part. Un commissaire qui est aujourd'hui ministre de l'Economie... Ce sont donc les très gros bonnets qui se retrouvent impliqués dans ce meurtre maquillé en suicide. Et l'enquête progressant, d'autres crimes seront commis. Richelle, qui a repris toute la série à son compte, décortique des rouages inéluctablement truqués du pouvoir.
"Les coulisses du pouvoir" (tome 8), Casterman, 9,80 €
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08.07.2008
Noirceur provinciale
Pierre Pelot, auteur de polars enracinés dans la France profonde et Baru, dessinateur de cette même France provinciale et industrieuse, auraient pu se rencontrer dans ce gros bourg de l'Est servant de théâtre à « Pauvres zhéros ». Le roman, paru chez Rivages au début des années 80, est adapté par Baru dans cette nouvelle collection frisant l'excellence. Toute l'histoire tourne autour de l'hospice Saint-Maurice. Une institution servant d'orphelinat, d'hospice pour enfants handicapés mentaux et de mouroir pour vieillards. Au cours d'une sortie à la campagne, la jeune fille chargée de surveiller des enfants attardés mentalement, constate que l'un d'entre eux manque à l'appel. Branle-bas de combat pour tenter de le retrouver. Ce petit faits divers est l'occasion pour les auteurs de passer en revue une bonne partie de la population du village. Du maire, notable intouchable utilisant sa fonction pour cacher ses multiples exactions, au journaliste local, obligé de taire ces scandales pourtant évidents. Et puis les vrais personnages comme Anastase, toujours à l'affût pour mettre en place une petite combine ou Manucci, un ancien pensionnaire de Saint-Maurice bien décidé de se venger des vexations subies dans son enfance.
« Pauvres zhéros », Casterman/Rivages, 15,95 €
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02.07.2008
Le mystère de Baharia
Le professeur Challenger, héros librement inspiré des romans de Conan Doyle, revient chez Casterman après avoir vécu une première aventure, « Le monde perdu de Maple White », en deux tomes chez un autre éditeur. Ventripotent, barbu, très poilu, imbu de sa personne, il a été la risée de la communauté scientifique quand il affirmé à Londres avoir découvert des dinosaures vivants. Cette fois, il se lance à la poursuite d'une civilisation cachée en Egypte. Exactement c'est l'égyptologue français Lempereur qui part en expédition. Challenger voudrait être de l'aventure, mais le chercheur français, prétentieux comme il se doit, refuse catégoriquement. Scénarisées par Laurence Tramaux, ces nouvelles aventures conduit le lecteur au pied des pyramides égyptiennes puis dans la vallée des rois, là où se trouve le passage, souterrain, permettant d'aller au-delà du Fleuve des morts. Patrick Deubelbeiss, le dessinateur, semble très à l'aise dans ces séries fleurant bon le feuilleton extravagant de la fin du 19e siècle. Son trait, entre réalisme et ligne claire expressive, est tout à fait adapté à ces rocambolesques péripéties exotiques.
« Les mondes perdus de Conan Doyle » (tome 1), Casterman, 11,50 €
06:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tramaux, Deubelbeiss, Casterman
22.06.2008
Londres en péril
Guy Lefranc, héros contemporain de Jacques Martin, après une longue éclipse, est de plus en plus présent grâce à une politique de reprise agressive. Francis Carin et Patrick Weber imaginent les aventures du reporter en parallèle à Taymans et Drèze qui eux se placent résolument dans une veine nostalgique. Ce 19e tome intitulé « Londres en péril » s'insère chronologiquement entre « Le Maître de l'atome » et « L'ouragan de feu ». Dans cette ambiance de fin de seconde guerre mondiale, des attentats frappent plusieurs quartiers de Londres. Il ne semble pas y avoir d'explication logique pour Scotland Yard. C'est Lefranc qui découvre le lien entre ces explosions. Les dates correspondent à des défaites importantes de l'armée nazie. Et sur le plan de Londres, si l'on rejoint les différents lieux frappés, ont obtient une croix gammée dont le centre est le quartier populaire de Pimlico. Lefranc va se rendre outre-Manche et se battre contre des nazis qui veulent venger leur führer. Une histoire qui manque un peu de densité, un dessin fidèle au maître, mais sans casser des briques : on reste un peu sur sa faim. Mais l'ensemble est distrayant et prenant.
« Lefranc » (tome 19), Casterman, 9,50 €
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15.06.2008
Casterman offre de nouveaux « Rivages » au polar en BD
Nouvelle collection présentant des adaptations en BD de romans policiers. Première fournée avec Jim Thompson, Donald Westlake, Miles Hyman, Lax...
Lancée en 1986, la collection Rivages/Noirs est devenue une référence en matière de littérature policière, détrônant la Série Noire. Une collection de poche dirigée par François Guérif qui va maintenant se décliner en bande dessinée grâce à un partenariat avec les éditions Casterman. Les quatre premiers titres (il devrait ne pas y en avoir une demi-douzaine par an) permettent à quatre dessinateurs confirmés de s'approprier l'univers d'auteurs français et américains. Et logiquement c'est par un roman de Jim Thompson que tout débute.
Nuit de fureur. Peardale, années 40, quelque part dans l’Amérique profonde. Un homme à l’allure juvénile débarque dans cette petite ville tranquille, pour y suivre de sages études, dit-il à Mme Winroy, la séduisante logeuse qui l’accueille dans sa pension de famille. Mais évidemment, la réalité est tout autre. Carl Bigelow, alias Charlie “Little” Bigger, tueur à gages officiellement reconnu coupable d’au moins seize assassinats, est en repérage pour le compte d’un ponte de la pègre new-yorkaise, afin de préparer la liquidation en douceur d’un escroc repenti. Miles Hyman peint cette Amérique profonde des années 40 avec talent. Il déshabile les quelques femmes de l'histoire avec un brio étonnant. Le héros, froid et sinistre, se bat avec son absence totale de moralité. Il se sait condamné, par la maladie et son employeur, mais honore son contrat quand même. Une désespérance typide des romans de Jim Thompson adapté par Rodolphe.
Pierre qui roule. New York, juin 1969. Fraîchement sorti de prison, John Dortmunder se voit proposer un “coup” par l’un de ses anciens complices, Kelp, spécialiste du vol de voitures : profiter d’une exposition d’art africain à New York pour dérober le clou de la manifestation – une émeraude d’une valeur d’un demi-million de dollars – au bénéfice d’un obscur état africain dont la pierre précieuse constitue le totem. L'adaptation de Lax (auteur du Choucas) est aussi délirante que le récit original. Elle souligne à la perfection la démesure progressive des plans imaginés par le sympathique mais très malchanceux cambrioleur. Les dessinateur, plus habitué aux décors parisiens ou exotiques (le dernier Choucas se déroule au Mali après une aventure népalaise), est très à l'aise avec les décors très verticaux de Big Apple.
« Nuit de Fureur » de Jim Thompson (adaptation Matz, dessin Miles Hyman), 16,95 €
« Pierre qui roule » de Donald Westlake (adaptation et dessin Lax), 16,95 €
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26.05.2008
Complots et sacrifices
Dans le premier tome de cette série se déroulant dans le Paris du début du XIXe siècle, Noirhomme, créature maléfique, digne de Fantomas, a poussé au suicide quelques hommes ayant de trop lourds secrets. Dans le second tome, Noirhomme quitte la pages des journaux où ses aventures font frémir la France pour écumer les rues de la capitale. La nuit venue, il assassine sauvagement les solitaires qui traînent dans les bas-fonds de la ville. Une série de crimes qui permet à un ambitieux politicien, Eugène Monceaux, de briguer le poste de ministre de la police. Il profite de l'ambiance de peur pour assouvir ses envies de pouvoir. Un véritable complot car le Noirhomme qui terrorise Paris est un de ses hommes, tuant des innocentes pour protéger la femme de sa vie menacée par un dossier de Monceaux, l'ancien magistrat. Le problème, c'est que le véritable Noirhomme va intervenir dans cette partie d'échec et mettre mat le pauvre Monceaux. Une série en hommage à l'esprit feuilletonnesque, écrite par Antoine Maurel et dessinée par Hamo, jeune illustrateur belge recréant à merveille cette ambiance XIXe, avec une mention spéciale au masque réellement terrifiant du héros.
"Noirhomme" (tome 2), Casterman, 9,80 €
06:05 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Maurel, Hamo, Casterman
15.05.2008
Immunité présidentielle
Débutée en mars 2007, cette série plonge le lecteur dans les arcanes de la politique française. Rémy Le Gall, le scénariste, a utilisé toute son expérience d'homme de l'ombre des hommes politiques chargé de les préparer à affronter les médias. Il décrit ainsi les tentatives de prise de pouvoir au sein d'un parti politique d'opposition. Lancée en pleine campagne des présidentielles, cette série revient pour un second tome une année après l'élection de Nicolas Sarkozy. Et dans le scénario on trouvera quelques références à la réalité avec un président en perte de vitesse dans les sondages, en prise avec une forte contestation dans la rue et qui pour reprendre la main envisage d'être à nouveau omniprésent dans les médias et traiter tous les problèmes à l'affectif. Mais ce n'est que la toile de fond de cette BD qui raconte les aventures de Constant Kérel, opposant, bien décidé à faire tomber ce président qui en plus a du sang sur les mains. Mais comment traduire devant la justice un homme qui bénéficie d'une immunité présidentielle à toute épreuve, même en prouvant qu'il est un assassin ? Frisco, le dessinateur, illustre sans fioritures cette série sérieuse et réaliste.
« Elysée République » (tome 2), Casterman, 9,80 €
06:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Le Gall, Frisco, Casterman
04.05.2008
A quatre, c'est mieux
Catel, dessinatrice pour la jeunesse, a changé de registre en dessinant l'histoire de Kiki de Montparnasse sur un scénario de Jean-Luc Fromental. Elle reprend un peu cette veine en proposant « Quatuor », recueil de quatre récits mettant des femmes en vedette. Des nouvelles d'auteurs venant de divers horizons. Jacques Gamblin explore la danse, la valse exactement et sa communion entre les deux partenaires, José-Louis Bocquet nous entraîne a 100 à l'heure sur des routes sinueuses au volant de bolides, objets sexuels de plaisir ultime, Thierry Bellefroid raconte de façon détournée comment il est tombé amoureux du dos de la princesse Mathilde, future reine des belges et Pascal Quignard nous emmène dans une vieille histoire d'amour entre un tailleur et une belle brodeuse. Chaque histoire est en bichromie, rouge pour la danse, bleu pour les voitures, verte pour la princesse et jaune pour la brodeuse. L'ensemble, malgré l'impression de disparité est très cohérent. J'avoue avoir un faible pour l'histoire de Thierry Bellefroid. Ce journaliste à la RTBF a parfaitement rendu la fascination que l'on a parfois pour des personnages publics et totalement inaccessibles. Une histoire douce amère sur la passion, la fatalité et la résignation. Les illustrations de Catel se mettent au service de ces histoires que la dessinatrice a adapté elle même.
Catel et Jean-Luc Fromental (qui signe la préface) préparent une nouvelle biographie dessinée consacrée à Marie-Olympe de Gouges, l’une des figures marquantes du dix-huitième siècle, intellectuelle ayant beaucoup fait pour l'émancipation des femmes.
« Quatuor », Casterman, 17,95 €
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26.04.2008
Frères de sang
Henscher (scénario) et Fabien Rondet (dessin) signent un premier album très viril. Très masculin également. L'action se déroule au Moyen-Orient, au temps des croisades, à Alamut, une école un peu particulière. On y apprend à des enfants à devenir de redoutables assassins. Le seigneur des couteaux, maître absolu de cette forteresse, explique à des nobles chrétiens qui veulent acheter ses services : « Je commande à une armée de jeunes gueux sans honneur ni armoiries, c'est vrai. Mais ils peuvent frapper n'importe qui, n'importe où. Et ils n'ont pas de voeu plus cher que de mourir au combat ». Ce premier tome, en couleurs directes au tons sombres, raconte l'apprentissage de plusieurs novices. Selim, surnommé le poète, prend la défense du chétif Hicham contre les intentions belliqueuses de Brahim. Ces trois vont apprendre, ensemble, à tuer et, à la fin de leur formation, il se pourrait que l'un d'eux fasse partie des frères de sang morts durant la nuit de l'initiation. Violence, guerre de religion, foi aveugle : cette BD historique résonne d'une façon très contemporaine. Rien n'a changé dans cette région ?
« Le seigneur des couteaux » (Tome 1), Casterman, 11,50 €
06:05 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Henscher, Rondet, Casterman
20.04.2008
Quête maritime
Sur la Mer du Nord et la Manche, à plusieurs époques différentes, « Lautremer » raconte la quête d'hommes et de femmes fascinés par un roi de la mer, le général Carausius. Cette série de Heurteau (dessin) et Leclercq (scénario), mélange plusieurs mythes. Une sorte de dieu maritime, mais également Alceister Crowley, ce mage du début du siècle, présent dans nombre de récits fantastique et dont la fille cachée, Marcia, est une des héroïnes de l'album. Cette Marcia qui découvre à la mort de son père qu'elle est en fait une petite fille adoptée. Un soir de tempète, son véritable père, l'a confiée à ce couple de pêcheurs. Elle se lance donc à la recherche de ses véritables parents aidée d'un trésor en pièces anciennes légué par son père. Elle retrouvera l'épave du yacht de ce dernier, le restaurera et repartira sur les flots à la recherche d'un hypothétique ailleurs. Assez dense, cette histoire balade le lecteur entre différentes époques (entre 1910 et 1930 et du temps de la conquête romaine de la Gaule) . Avec cependant un même « méchant », énigmatique capitaine d'une goélette allemande.
« Lautremer » (tome 1), Casterman, 11,50 €
06:05 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Heurteau, Leclercq, Casterman


