05.08.2008

Les fantômes de l'immeuble

3e5172d3ef5fd638af098673a824d30c.jpgWill Eisner est considéré, à juste raison, comme le plus grand auteur de BD américain de tous les temps. Son Spirit a marqué des générations (le héros masqué devrait de plus être adapté au cinéma par Frank Miller en personne), mais ce sont ses histoires du réels qui restent, des décennies après leur première publication, de véritables bijoux. Les éditions Delcourt ont entrepris la réédition de ces récits complets dans une collection cohérente. Le second tome de "New York trilogie raconte la ville, cette ville que Will Eisner connaissait si bien. "L'immeuble", la première histoire, retrace quatre existences qui à un moment de leur vie, sont passées par l'entrée de cet immeuble, le dernier à avoir cédé aux promoteurs dans ce quartier. Il y a un vieux célibataire qui va tenter de consacrer sa vie au bonheur des enfants, en vain ; une beauté qui ne saura pas choisir entre un poète et son patron, dentiste ; un violoniste amateur et un promoteur immobilier, obnubilé par cet immeuble, jusqu'à la ruine et la mort. On trouve également dans ces 150 pages en noir et blanc des histoires courtes, joyeuses ou tristes, comme cette vie quotidienne que Will Eisner savait si bien croquer.
"New York trilogie" (tome 2), Delcourt, 14,95 €

24.07.2008

Folie et cinéma

1ff63ace685044915712e7588b0efc86.jpgUne bonne série, pour avoir un minimum de chance de s'imposer dans la jungle des sorties, doit avoir quelques atouts dans son jeu. Trop souvent, les personnages sont négligés au détriment de l'intrigue. Ce n'est pas le cas pour "Le testament du Docteur M" de Pécau et Damour. Le premier, scénariste, en plus d'un héros amnésique intrigant, a décidé que les personnages secondaires auraient de fortes personnalités. C'est le cas de Lotte S. Habou, l'inspectrice de police chargée de l'enquête (l'amnésique s'est enfui d'un hôpital psychiatrique en tuant un infirmier). Lotte, ancienne alcoolique, insomniaque, parlant comme un charretier, intransigeante avec le petit personnel, semble totalement désabusée. Il ne lui reste que son boulot. Courir après des meurtriers, c'est tout ce qu'elle a trouvé pour oublier sa déprime... Elle croise dans ce premier tome Fred, archiviste à la PJ. Cette femme corpulente, fumant le cigare, "n'aime que deux choses : les jeunes punkettes et les meurtres avec préméditation, et pas forcément dans cet ordre." Si vous ajoutez à cette distribution des libraires nébuleux et une bourgeoise nymphomane, ne vous étonnez pas si vous devenez accro à cette série qui est également un bel hommage aux débuts du cinéma.
"Le testament du docteur M" (tome 1), Delcourt, 12,90 €

13.07.2008

Souvenirs d'un déconneur sensible

3f933cbb4de4e654aab5301ee0efc3d2.jpgFred Neidhardt, avant d'être auteur de BD reconnu, a beaucoup usé ses neurones dans l'imposture. Avec son copain Fabrice Tarrin, ils ont signé quelques faits d'armes pour l'Echo des Savanes. Ils ont même un temps été recruté par Thierry Ardisson pour son émission sur Canal Plus. Dernier exploit en date, il s'est fait passer, en direct dans une émission de Jean-Luc Delarue pour un masturbateur compulsif. L'affaire a fait beaucoup de bruit. Neidhardt a retrouvé le goût de faire de la BD en reprenant le Fleurblog de Tarrin et Laurel. Il a racheté les droits et y a déversé ses souvenirs d'enfance. Une année de prépublication pour finalement regrouper le tout dans un album de la collection Shampoing (qui se spécialise de plus en plus dans la publication de blogs, le prochain étant celui de Boulet en septembre). Les analystes trouveront certainement des réponses dans ces histoires courtes en culottes courtes à la méchanceté actuelle de Neidhardt. Premiers émois devant des photos de filles nues, premier baiser, jeux dangereux (voire dramatiques), découverte de la masturbation, rapport avec son frère ou ses parents, l'auteur semble jouer le jeu de la vérité, ne laissant rien dans l'ombre. Reste à savoir si tout ceci n'est pas une autre de ses impostures. L'animal est insaisissable et capable de tout pour faire parler de lui ou gagner quelques centimes. A moins que l'image d'avare qu'il s'est forgé au fil des notes n'est pas là aussi une simple posture. Le mieux pour pleinement profiter de cet album sentant bon la nostalgie des années 70 reste d'oublier totalement le personnage et de le lire au premier degré. On s'y retrouvera forcément et certaines scènes sont chargées d'une forte émotion.
Pour se faire une idée du personnage, le site de Fred Neidhardt : http://www.fleurblog.com/
"Pattes d'Eph' et col roulé", Delcourt, 12,90 €


01.07.2008

La fille de la toundra

f91ca8238e82e99317d991a4eb3f3aeb.jpgVoilà une série qui est menée à 100 à l'heure par un scénariste qui n'a jamais caché sa passion pour le sport automobile. Daniel Pecqueur, après le succès de Golden City, s'est lancé dans cette « séquelle » retraçant une folle course à travers toute la planète. Dans ce quatrième tome, toujours dessiné par Henriet, le lecteur retrouve le jeune pilote Daytona en mauvaise posture. En pleine toundra, au coeur de la Sibérie, il est tombé dans une rivière glacée. Heureusement, une jeune autochtone le sauve et le soigne. Ce préambule n'est cependant pas le plus important de l'album. C'est du côté de Borano, détective privé, que l'action progresse le plus. Chargé par un milliardaire de retrouvé sa fille, otage d'écologistes extrémistes, il se rendra sur une île déserte des Aléoutiennes pour la délivrer. Action, coup de théâtre, le tout dans des situations extrêmes. Et pour maintenir le suspense à son maximum, Pecqueur relance l'intérêt de la course avec l'enlèvement, en Chine, de deux jeunes et jolies concurrentes. Ça va vite, c'est distrayant, tout en délivrant un message sur l'écologie et l'avenir de la planète. De la bonne ouvrage, exemplaire de la collection « Série B ».
« Golden Cup » (tome 4), Delcourt, 12,90 €

24.06.2008

Duel en 60 pages

4590e4493e0515a331e332dd04df1436.jpgRichard Guérineau, dessinateur réaliste au trait nerveux et aux cadrages très cinématographiques, a connu le succès avec le Chant des Stryges scénarisé par Corbeyran. Il a voulu, le temps d'un album, s'échapper de cette ambiance contemporaine et fantastique pour signer un album de 60 pages dans un genre qu'il affectionne depuis sa jeunesse : le western. Il s'est associé à Henri Meunier pour raconter cette histoire de duel dans une petite ville de l'Ouest américain. Le shérif Jude Stanton est respecté. Le calme est revenu à Westwood City. Mais parfois un pistollero arrive en ville et refuse de se plier à l'exigence du shérif de déposer ses armes dans son bureau. Cela se règle alors au colt. Un matin, un jeune homme débarque en ville, deux cadavres sur son second cheval. Deux hors-la-loi, recherchés « mort ou vif ». Il s'installe à l'hôtel, sans rendre ses armes. Le shérif va lui réclamer ses colts et découvre qu'il a le même nom qu'un tueur abattu quelques mois plus tôt. Qui est ce fantôme énigmatique, si sûr de lui ? Ce duel sera-t-il celui de trop ? Un bijou graphique que l'on peut également apprécier dans une édition luxe en noir et blanc.
« Après la nuit », Delcourt, 13,95 € (20 € en noir et blanc)

19.06.2008

Trop rare énergie

a6f89cf24994f0b83af92534635e11bb.jpgNävis, dernière petite humaine, naufragée sur une planète hostile, passe ses journées entre l'amusement avec son fauve adoré Houyo et l'éducation dispensée par son robot Nsob. Un robot qui a depuis quelques temps une baisse de régime. Une perte d'énergie qui n'est pas du goût de la bouillonnante petite fille. Elle branche l'engin sur le générateur principal et la machine... explose. Seule solution pour Nävis : rejoindre l'épave et y dénicher des pièces de rechange. Mais c'est très dangereux car le mal absolu règne dans les couloirs délabrés : un robot détraqué qui tue toute forme de vie pour lui soutirer la moindre parcelle d'énergie. Le trio va recevoir l'aide d'autres robots restés loyaux aux humains. Histoire très actuelle écrite par Morvan, l'énergie étant de plus en plus rare et chère, nos portefeuilles peuvent en attester depuis quelques mois. Il y greffe une intrigue jouant beaucoup sur la force de l'amitié. Munuera, au dessin, s'en donne à coeur joie dans les décors forestiers et tropicaux et les machines aux formes alambiquées. Une série à l'univers de plus en plus riche, pour les plus jeunes, mais idéale pour se « préparer » à découvrir des BD plus adultes comme Sillage, où on retrouve la même héroïne, mais plus vieille de 15 ans.
« Nävis » (tome 4), Delcourt, 12,90 €

08.06.2008

Anciens dieux

b5c0322f77254efb2a7ebf858139db13.jpgLes Anciens Dieux sont en colère. Chassés de la Terre, ils se sont longtemps déchirés entre eux. Mais ils viennent de se réconcilier et ont bien l'intention de reprendre possession de leur bien mettant ainsi une fin abrupte au règne humain. La trame de cette série, écrite par Cordurié et dessinée par Laci, puise dans les classiques de Lovecraft. Dans ce premier tome, un sorcier fou, une chercheuse américaine et le fameux Céleste Noir sont en vedette. Avec en toile de fond l'armée américaine qui rêve encore de récupérer les formidables possibilités de la magie pour affermir la suprématie de la première démocratie du monde.
"Le céleste noir" (tome 1), Delcourt, 12,90 euros

04.06.2008

Comment évangéliser des Vikings ?

3d56e9504a83701ff3319de96c8b978e.jpgDans la collection "Sept", ne manquez pas les "Missionnaires". Après les "pirates" et avant les "guerrières", partez sur les traces de ces moines obligés d'aller évangéliser les Vikings. Les tribus du Nord s'enhardissent de plus en plus. Leurs razzia sur les villages côtiers sont sans pitié. Et cela contrarie beaucoup le clergé catholique qui tente de mettre définitivement la main sur les âmes de locaux. Combattre les Vikings s'avérant trop risqué, l'évêque décide de les évangéliser. Un véritable suicide à priori, il décide donc d'y envoyer les pires représentants de son armée pacifique. Sept moines sont désignés, comme sept pécheurs s'adonnant au stupre, à la violence, à l'argent ou à la gourmandise. Pécheurs mais humains et par certains aspects identiques aux barbares du Nord. Un terrain d'entente va être trouvé entre les différents intérêts et les sept missionnaires entrevoient la possibilité de recevoir la récompense promise : une charge d'évêque pour chacun. Alain Ayroles, le scénariste d'origine lotoise, a imaginé une histoire magique et réaliste, soignant la personnalité de ses sept héros dessinés par Critone.
"Sept missionnaires", Delcourt, 13,95 €

01.06.2008

Fabrice Tarrin joue la transparence

d1252a63389dd791ae49930dc6c004f4.jpgRepreneur de Spirou pour une seule aventure (Le tombeau des Champignac avec Yann au scénario), Fabrice Tarrin change de style dans ce petit livre autobiographique. Il se dessine en lémurien et nous fait partager ses aventures épiques avec Cyril le canard, Lolita la belle renarde ou Fred, son complice de toujours, sorte de grand chien pataud. A la base, ces histoires courtes, plus crobardées que dessinées, ont servi à alimenter un blog qu'il avait créé sur l'insistance de son amoureuse du moment, Laurel. Quelques milliers de visites plus tard, le Lémurien intègre la collection Shampoing créée par Lewis Trondheim. Ce dernier apparaît parfois au détour d'une page car il partage le même atelier que Tarrin à Montpellier. Un peu comme avec Spirou, ce n'est pas le personnage principal qui apporte tout son sel aux histoires mais un faire-valoir. Cyril, le canard, est incroyable. Odieux avec les filles, totalement paranoïaque, peintre raté, vivant dans un studio ressemblant plus à une caverne affectée à la culture des champignons, il met de l'animation dans le quotidien de Tarrin quand il passe quelques jours à Montpellier. L'auteur consacre également pas mal de planches à nous raconter ses amours. Laurel est absente, mais Lolita est en vedette. Cette jeune graphiste, fille d'un célèbre chanteur, permet à Tarrin d'atteindre momentanément cette gloire derrière laquelle il semble toujours courir. Un journal intime parfois acide, très sarcastique, mais qui est le reflet de la vie de ces presque trentenaires de l'an 2000. Paru en mars dernier, le lémurien poursuit ses aventures sur le net. Actuellement Fabrice revient sur son enfance. Quand sa mère faisait partie d'une secte et qu'il séchait les cours du collège pour tenter de séduire Chalotte Gainsbourg...
« Journal intime d'un lémurien », Delcourt, 13,95 €
Fabrice Tarrin est ce dimanche (matin et après-midi) à la Comédie du Livre pour dédicacer ses dernières productions.
Le blog de Fabrice Tarrin : http://www.fabricetarrin.com/blog/

18.05.2008

Les dieux noirs

e9210cac9094154637037fe31fbed4e1.jpgEt si la France et l'Angleterre avaient gagné la guerre en 1941 ? Ce postulat de départ, Pécau, le scénariste du « Grand jeu », l'utilise à merveille dans cette série fantastico-historique. L'Allemagne nazie, moins menaçante, ne sert plus qu'à faire barrage à l'hégémonie soviétique. C'est dans ce contexte que le journaliste Nestor Serge se rend au dessus de l'Arctique tenter de retrouver des survivants au crash du dirigeable Charles-de-Gaulle. Sur place, en compagnie de l'armée anglaise, il sera mis dans le secret le mieux gardé : des extraterrestres sont cantonnés dans cette partie du monde. Pilipovic et son dessin réaliste donne toute sa crédibilité à ce récit débridé étonnant.
« Le grand jeu » (tome 2), Delcourt, 12,90 euros

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