06.06.2008
Le réveil sensuel d'une épouse
Mariée à 20 ans, Caro se croit rangée à 50 ans. Ce serait sans compter sans un nouvel amour qui réveille ses ardeurs de jeunesse.
Un demi siècle. 50 ans. Est-ce l'âge de la résignation et du renoncement. Le temps du calme et de l'oubli ? Pour Caro, cette étape particulière va prendre une toute autre tournure. Cette professeur de philosophie, mariée à l'âge de 20 ans, remariée à Raphaël, par ailleurs père de ses deux filles, va être bouleversée par une rencontre fortuite. Remplaçant une collègue souffrante, elle doit travailler avec un jeune écrivain, Bruno. A la fin de l'entretien, ce dernier déclare tout de go à une Caro interloquée qu'il faut qu'il l'embrasse car elle l'a "trop chauffé". Hésitation, acquiescement. Le début de la faute, de l'infédilité.
Plaisir sexuel
Ce baiser arraché par un beau parleur, séducteur et surtout plus jeune de 16 ans remet sérieusement en question la vie au quotidien de la cinquantenaire imaginée par Julie Saltiel dans un roman parfois cru tout en étant très philosophique. Et Caro de se dire que la fidélité est "une idée finalement moyenâgeuse qui charrie avec elle toute sortes d'absurdités en nous faisant croire à l'intensité de l'amour unique ou plutôt unifié. Oui, on a besoin de cette fidélité, mais c'est pour mieux la transgresser, la violer, s'en moquer intérieurement."
Après le baiser, la relation entre Caro et Bruno prend une tournure plus classique entre femme mariée et amant. Caresses sous une porte cochère, rendez-vous dans un hôtel dans l'après-midi... Caro redécouvre le plaisir sexuel. Une jouissance qui est décuplée par l'interdit. A moins que cela ne soit tout simplement un cap de passé. Celui de l'expérience, du sexe pour le plaisir, sans passion, mais avec fougue. Reste la différence d'âge. Bruno semble vouloir profiter de Caro immédiatement, avant que le corps de sa maîtresse ne suive plus. A 50 ans tout est possible selon l'auteur, à 55 ans il ne reste souvent que les yeux pour pleurer.
"L'homme de ma vie"
Ce roman, commencé comme une remise en cause d'une femme mûre voulant profiter de la vie, se transforme, quand elle tombe réellement amoureuse de son jeune artiste, en vaste interrogation sur la vie, seul, à deux et pourquoi pas à trois... "Pour aimer mon amant, j'avais besoin de mon mari, pour aimer mon mari mon amant me devenait indispensable. Moi qui avais toujours cru que je cherchais comme tout le monde "l'homme de ma vie" l'unique, le seul, comment en avais-je pu en arriver là ? Pourquoi à cinquante ans les choses ne pouvaient-elles plus se vivre simplement, comme à vingt ?"
Ce roman, qui aura le mérite d'ouvrir les yeux à certaines (et pas uniquement aux cinquantenaires), reste une première œuvre, d'une femme jugeant parfois étrangement les hommes. Une femme cultivée, vivant un peu dans sa bulle d'intellectuelle gâtée, souvent loin de la réalité. Julie Saltiel, Parisienne, Normalienne et agrégée de philosophie ne serait que le pseudo de l'ex-femme d'un haut responsable du parti socialiste ce qui expliquerait le côté caricatural et parfois très "bobo" (bourgeois bohème) de ce récit certainement en grande partie autobiographique.
"La cinquantaine bien tapée", Julie Saltiel, Denoël, 15 €
06:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Saltiel, Denoël
03.03.2008
Arme temporelle secrète
Tim Powers, dans ce roman de science-fiction, récrit l'Histoire du début du XXe siècle.
Et si Einstein, en plus de la relativité, avait fait des découvertes encore plus révolutionnaires. Il est à l'origine de la bombe atomique, mais s'il avait inventé une arme encore plus redoutable et ne l'avait pas dit au président des USA ? Sur cette base, Tim Powers a construit « A deux pas du néant », un roman de science-fiction se déroulant en Californie, avec course poursuite de diverses officines pour s'approprier d'un secret déterminant pour l'avenir de la planète. La jeune Daphné, 12 ans, élevée par Frank Marrity, son père, veuf, vient de perdre son arrière-grand-mère, Grammaire. Morte sur le mont Shasta, au beau milieu d'un regroupement new age. Problème, une demi-heure plus tôt, elle téléphonait de la banlieue de Los Angeles, à 800 kilomètres de l'endroit où elle s'est éteinte. Daphné n'est pas une petite fille comme les autres. Elle parvient à lire les pensées de son père. Et lui fait de même.
Ce qu'ils ne se doutent pas, c'est que la disparition de la vieille femme va focaliser l'attention de plusieurs organisations secrètes sur leurs petites personnes. Le Mossad en premier lieu. Les services secrets israéliens, d'après Tim Powers, ont un autre rôle que de protéger Israël. Ils cherchent la fameuse arme inventée par Einstein pour empêcher qu'elle ne tombe entre de mauvaises mains. Ces mauvaises mains ce pourrait être les Vêpres. Ce groupe mystérieux, commandé par Rascasse, un Français faisant officie de méchant comme souvent dans l'imaginaire américain, est prêt à tout pour acquérir l'arme. Dans ses rangs se trouvent Charlotte Sinclair. Une jeune femme, médium, aveugle. Elle parvient cependant à voir, en pénétrant l'esprit des personnes qui ne sont pas trop éloignées d'elle.
Pour Frank et Daphné, tout va rapidement s'emballer et ils devront, à grandes enjambées, découvrir le passé de Grammaire pour stopper la machine infernale risquant de mener le monde à sa perte.
Tim Powers s'affirme comme un romancier à l'imagination débordante mais toujours argumentée par des faits scientifiques. Il entraîne le lecteur dans cet affrontement secret qui semble durer depuis la nuit des temps et qui, au passage, expliquerait l'incroyable sévérité de l'Eglise envers les Cathares.
« A deux pas du néant », Tim Powers, Denoël, 25 €
07:35 Publié dans SF | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Powers, Denoël
27.01.2008
Amitié contre communauté
A partir d'un fait divers, Eric Zemmour dresse un portrait inquiétant d'une société française victime du repli communautaire.
« Yazid porta le couteau à la gorge de Simon et trancha d'un coup sec ». Tout commence dans un parking parisien. Un Arabe vient de tuer un Juif. Mais ce fait divers n'est pas le début de l'histoire. C'est au contraire la fin de l'amitié entre Yazid et Simon. Ils ont grandi ensemble dans un immeuble parisien. Ont été amis durant des années, le grand défendait son « petit frère », ce dernier, gagnant plus d'argent car disc-jockey renommé, n'hésitait pas à en donner à son ami dans le besoin. Et pourtant au final, Yazid tue Simon. Le jeune meurtrier, dans sa cellule quelques heures après le crime se justifie en pensant que « Allah l'avait guidé, conduit; il n'avait été que Son bras armé ».
Crime raciste. L'information est assez importante pour qu'elle remonte immédiatement jusqu'à Pierre Gaspard, ministre. Il dîne avec un vieil ami, le narrateur de ce roman d'Eric Zemmour. Ils se sont connus au temps de SOS Racisme. Gaspard déjà gaulliste, le narrateur jeune journaliste idéaliste et de gauche. Aujourd'hui il est devenu producteur de télévision. Riche, connu, marié avec une aristocrate. Mais avant tout Juif et de plus en plus sensible à cette ambiance délétère régnant dans ce pays des libertés et des droits de l'Homme, avec des relents d'un passé pas si éloigné que cela. Le ministre, après avoir fait le nécessaire pour étouffer médiatiquement l'affaire, demande au narrateur d'enquêter, de trouver les raisons de ce meurtre. Il va se passionner pour cette histoire, y trouvant des réponses à ses doutes, hésitations ou prises de position.
L'Histoire des années 80
Eric Zemmour, ne se contente pas de raconter l'enfance de Simon et de Yazid. Il replace le tout dans le contexte historique (les années 80) revenant également sur le parcours professionnel et idéologique du narrateur. Il décrit parfaitement les vies de ces deux familles, la juive et l'arabe, avec leur soucis financiers, leurs difficultés d'intégration. Mais on est également sensible aux errements du narrateur. Acculé au divorce par sa femme, il rencontre au cours de son enquête Clotilde Camus, la jeune journaliste au Parisien qui a relaté le faits divers. On retrouve dans sa description la plume acérée d'Eric Zemmour, souvent accusé de mysoginie, non sans raison : « Clotilde collectionnait tout ce que je n'aimais pas. Elle portait un chandail de mohair rouge qui moulait de gros seins. Elle avait des jambes courtes enveloppées dans des jeans qui enserraient jusqu'au ridicule des hanches trop généreuses. (...) J'avais toujours ignoré, méprisé même, ce genre de filles que goûtaient nombre d'hommes. Je préférais les grandes filles élancées, racées, disais-je alors, la poitrine évanescente, la chute de rein escamotée, la taille étroite de garçonnet. » Cela ne l'empêchera pas de coucher avec la fraîche et délurée Clotilde qui se moque comme de l'an 40 qu'il soit connu...
Comme un avertissement...
Le roman alterne donc tranches de vie de Simon, jeune disc-jockey de plus en plus recherché, mixant dans les plus grande discothèques d'Europe, de Yazid, petit délinquant raté qui finalement ne trouvera qu'une écoute, celle de l'imam de son quartier et du narrateur, empêtré dans ses contradictions mais observateur lucide de cette France s'opposant en autant de communautés de plus en plus ouvertement ennemies. Pas très optimiste, cette oeuvre de fiction ne donne pas de clés pour éviter l'embrasement final redouté. Mais on ne pourra pas dire qu'on n'était pas prévenu : « Je vois venir des orages terribles. Mais si je les annonce, on m'accusera de les provoquer. Je le sais, j'ai fait subir ça aux autres pendant des années. »
« Petit frère », Eric Zemmour, Denoël, 20 €
06:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Zemmour, Denoël
22.07.2007
L'histoire des "Damnés de Nanterre"
Chantal Montellier, auteur complète de BD ayant beaucoup publié dans Métal Hurlant et (A Suivre) durant les années 80, s’était faite un peu plus rare. Pourtant la révoltée aux idées radicales d’extrême-gauche n’en avait pas fini de dénoncer les travers de notre société. Dans les Damnés de Nanterre elle revient en profondeur sur un faits divers qui a défrayé la chronique au milieu des années 90, quand Charles Pasqua était ministre de l’Intérieur. Un braquage raté dans une fourrière dégénère. Les deux jeunes idéalistes voulant récupérer des armes de poing prennent un taxi en otage et une course poursuite s’engage en région parisienne. Résultat quatre morts dont deux policiers, le chauffeur de taxi et Audry Maupin, un des agresseurs. L’autre, c’est Florence Rey, devenue en quelques heures le symbole de cette violence aveugle contre les forces de l’ordre. Chantal Montellier démonte les incohérences de cette équipée sauvage et surtout met en relief les agissements de plusieurs activistes qui semblent être en fait des indics policiers chargés de provoquer des incidents. Car après la fusillade la répression a été sévère et les crédits pour la police démultipliés… (Denoël Graphic, 20 €)
07:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Rey, Montellier, denoël, Nanterre


