03.05.2008

Dans les coulisses avec Molière

« L’homme qui a séduit le Soleil » de Jean-Côme Noguès plonge les jeunes lecteurs dans le monde du théâtre, le devant de la scène comme les coulisses obscures.

5e4e8432846cd617f3d911ce13cada69.jpg« Si certaines scènes de ce roman semblent si vivantes, c’est qu’il y a beaucoup de vécu dedans. » Jean-Côme Noguès, l'auteur de « L'homme qui a séduit le Soleil », n’a pas été dans la troupe de Molière. Par contre durant les années 50, il faisait partie de la compagnie Renaud-Barrault. « Le théâtre était une vraie vocation pour moi, se souvient-il. J’ai débuté à Carcassonne avec Henri Gougaud puis j’ai suivi les cours d’Andrée Bauer-Thérond à Paris. Après une expérience avec la troupe du théâtre du Peuple, j’ai rejoint la célèbre compagnie. Mais je n’y ai jamais que porté des hallebardes… » Il a également participé à des tournées à l’étranger, mais à 30 ans, ayant charge de famille et peu d’espoir de faire une réelle carrière, il a préféré retourner dans l’enseignement et s’est mis à écrire pour la jeunesse. Avec le succès que l’on sait, son « Faucon déniché » étant un best-seller depuis plus de 20 ans.

Souvenirs sur les planches
Ce nouveau roman, raconte, en 1661, la découverte par un jeune homme impétueux du milieu du théâtre. La boucle est bouclée. Il aura, avec près d’un demi-siècle d’attente, mis un peu de ses souvenirs dans ce texte, hommage au théâtre, à Molière et aux saltimbanques osant prendre la route pour présenter, de village en village, leurs comédies sources de rires et de détente.
Gabriel, le jeune héros du roman, subsiste dans Paris en donnant la réplique à un comédien dans des improvisations qui font rire les passants sur le Pont-Neuf. Dans la foule, un certain Molière repère ce sacripant si leste de la langue et aux mimiques expressives. Il lui propose de le prendre dans sa troupe. Gabriel se voit déjà, donnant la réplique aux célèbres actrices que sont Armande ou Madeleine Béjart. Mais il sera finalement moucheur de chandelles. Un rôle aussi ingrat que celui de porteur de hallebardes…

Devant le Roi Soleil
Mais en intégrant la compagnie du Palais-Royal, Gabriel va vivre avec cette communauté, bouillonnante, joyeuse et novatrice. Il y apprendra beaucoup et pourra enfin s’extraire de la vie de misère qui lui semblait promise. Il aura ainsi l’occasion de jouer les figurants, devant le roi Soleil en personne, dans une pièce créée par Molière spécialement pour l’inauguration du château de Vaux-le-Vicomte, petite folie de Fouquet, surintendant de Louis XIV, ce dernier y trouvant l’inspiration pour imaginer Versailles.
Ce roman, en plus de faire découvrir les coulisses du théâtre de Molière, apprend beaucoup au lecteur sur quelques épisodes de l’Histoire de France comme l’arrestation de Nicolas Fouquet et la mise en place, par le roi Soleil, d’une monarchie totale de droit divin. Un volet historique encore plus développé à l'avenir car le roman sera réédité, dès cette rentrée, en format livre de poche avec un cahier pédagogique supplémentaire de 40 pages.

« L’homme qui a séduit le Soleil » de Jean-Côme Noguès, Pocket Jeunesse, 16 euros.

15.03.2008

Notre-Dame des barjots

a0a99caed65cc79ee466ff8a768c32eb.jpgNotre société va de plus en plus mal. Ce n'est pas un propos de voisin blasé improvisé sociologue de bazar autour d'un barbecue trop arrosé mais la constatation bien réelle du docteur Véra Cabral, psychiatre aux urgences en région parisienne imaginée par Virginie Brac. Après une nuit pas plus chargée que les autres, elle reçoit un appel de son chef de service, le professeur Russel. Il lui demande de venir le plus vite possible à son domicile pour une intervention cruciale.
Dans la chambre du fils de ce ponte de la médecine, gît une jeune fille, massacrée au couteau. Dans un coin de la pièce, elle voit le fils de son patron, Fred, recroquevillé, semblant divaguer, visiblement dément ou sous l'emprise d'une puissante drogue. Rapidement les policiers font leur entrée en scène. Menée par la lieutenante Sanchez, sorte de Bérurier femelle avec un peu plus d'intelligence, l'enquête progresse vite. Tout accuse Fred. Le père ne nie pas. Il exige simplement de Véra qu'elle certifie qu'il s'agit d'une crise de démence qui épargnera la prison à son fils. Véra, individualiste et assez réfractaire aux ordres, ne l'entend pas de cette oreille. D'autant qu'elle est persuadée que Fred n'est pas l'assassin de sa camarade de classe. Elle va donc mener sa propre enquête, malgré les menaces de son patron, de la mère de la victime et des policiers rêvant en secret d'épingler le fils d'un notable.
Virginie Brac déroule son intrigue avec une maestria redoutable. Sans pour autant négliger la vie privée de Véra, jeune femme de 33 ans espérant toujours rencontrer le grand amour mais qui n'a jamais osé s'abandonner dans les bras d'un homme.
On découvre au détour de deux interventions la famille envahissante de la psychiatre, ses amitiés avec les travestis faisant le tapin, son dégoût de la hiérarchie et des ambitions professionnelles. Un roman au cours duquel le lecteur est constamment ballotté entre les scènes de pure action, de violence brute mais aussi de réflexion intense et de psychologie très fine.
De quoi contenter tout le monde avec, et c'est peut-être là l'essentiel, une héroïne très humaine qui a toutes les chances de trouver parmi les lecteurs beaucoup de compréhension et de compassion.

"Notre-Dame des barjots" de Virginie Brac au Fleuve Noir et rééditié en poche chez Pocket, 6,40 €

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15.11.2007

Les insurgés d'un monde "parfait"

Commencée en mai dernier avec « Uglies » (mochetés), Scott Westerfeld poursuit la saga de son héroïne Tally Youngblood avec « Pretties » (beautés).

dc843b6de1b391c2d5c063c39c4e46bb.jpgUglies, Pretties, Specials et grands Pretties vivent dans un monde sans voitures, sans pétrole, respectueux de la nature, après la mort des humains qui l’avaient décimé. Les grands Pretties, les adultes, occupent des postes tels que médecins, chercheurs ou gardiens, les Uglies, les enfants, s‘amusent entre eux, les Pretties adolescents, vivent dans l‘insouciance. Tout ce petit monde se trouve sous la houlette des « Specials », sortes de supers Pretties, aux supers pouvoirs, à l’intelligence aigüe et à la vigilance redoutable. Un pas de travers et les Specials débarquent pour remettre de l’ordre.

Un monde parfait
Dans l’univers des Pretties, tout est dédié à la beauté et à la perfection. Les enfants restent Uglies et vivent ensemble avec un seul but dans la vie, dès l’âge de 16 ans, subir l’Opération qui les rendra beaux. Mais il y a toujours des réfractaires, dont Tally Youngblood. La petite maligne se rend vite compte que l’Opération qui les rend parfaits leur fait aussi subir une sorte de lavage de cerveau qui, entre autres effets, oblitère entièrement leur « vie d’avant », celle où ils étaient d’insouciants Uglies, toujours en train de faire des (petites) bêtises et d’essayer par tous les moyens de tromper la vigilance des gardiens pour faire des incursions dans le monde des Pretties, qu’ils admirent tant. Chez les Pretties, l’insouciance est de rigueur. Leurs seules préoccupations est de se creuser la cervelle pour trouver un costume indispensable au bal costumé de ce soir. Pour Tally, le challenge est double et il ne faut surtout pas qu‘il soit « foireux » : il lui faut dénicher un costume assez « intense » pour être admise dans la bande des « Crims », très populaire dans la cité. Ces deux mots, foireux et intense étant d’usage plus que courant chez les Pretties.

Les « fumants »
Quand elle était encore Uglies, Tally s’est échappée un jour du village pour aller rejoindre les « Fumants » une bande de hors-la-loi, qui refusent de subir l’Opération et où elle rencontre David. Ils vivent en communauté dans un village dont le lieu est tenu secret, la « Fumée » et qu’il ne faut surtout pas que les « Specials » trouvent sous peine de « lobotomie » et d’Opération assurées de tous les résistants. Mais Tally, sans le vouloir, a trahi le secret du lieu grâce à un « mouchard ». Résultat, débarquement des Specials et fuite généralisée.
Depuis qu’elle est devenue Pretty, Tally navigue de fêtes en fêtes avec son amie Shay, son ami Peris, tous deux connus quand ils étaient encore Uglies et son plus qu’ami Zane. Un soir, lors de la fête costumée où elle est déguisée en « fumante » grâce à un vieux sweatshirt fabriqué à la Fumée et oublié dans un coin de placard, elle est abordée par Croy, un des fumants venu en grand secret chez les Pretties. Il lui remet deux petites pilules qui devraient la guérir de son état de Pretty et lui remettre la tête sur les épaules. Que vont devenir Tally et ses amis les Crims ? Vous le saurez à coup sûr très vite parce que « Pretties », une fois entamé, se dévore jusqu’à la dernière page. Et c’est là qu’on râle parce que le tome suivant ne sortira qu’en 2008! Destiné aux jeunes adultes au départ, la richesse et les rebondissements du scénario en font un très bon livre de SF soft, que les plus âgés apprécieront également. Les questions posées par le récit, sur la beauté et l’usage qu’on en fait, sur une volonté de perfection encouragée par notre société face au droit à la différence, ouvrent des horizons plus larges. « Quelques bons tours ne suffisaient pas à rendre chacun intense, semblait-il; il fallait vouloir changer de mentalité. Peut-être que certaines personnes avaient toujours été Pretties dans leur tête, avant même que l’on invente l’Opération. Peut-être que certaines personnes étaient plus heureuses ainsi. »
Seul petit bémol, si vous n’avez pas lu le premier, ce deuxième volet de la série ne donne des indications qu’au compte-goutte des événements antérieurs. Alors, reste à faire d’une pierre deux coups, faites l’emplette des deux, leur prix, plus que raisonnable vous le permet. Une bonne idée aussi de cadeau de Noël pour vos grands ados. Succès assuré.

"Pretties", Scott Westerfeld, Pocket jeunesse, 13,50 euros

22.04.2007

Le réveil du Chirurgien

medium_Le_chirurgien.jpgIntelligente, certes, acharnée du boulot et du travail bien fait, il ne manque à Jane Rizzoli, inspecteur de la brigade criminelle de Boston, que la beauté qui fait se retourner les hommes sur son passage. En tant que femme dans un univers d'hommes, elle ne s'entend qu'avec peu de ses collègues mais apprend à faire confiance à Thomas Moore, son équipier. Depuis plusieurs semaines, les inspecteurs de la brigade sont sur les dents. Des jeunes femmes sont retrouvées torturées et tuées à leur domicile et le meurtrier, surnommé très vite le chirurgien, prélève l'utérus de chacune d'entre elles.
Fait troublant, trois ans auparavant, un serial killer observait le même modus operandi. Mais il y a un bug, et de taille, puisque la dernière victime de l'assassin, le docteur Cordell, a abattu celui-ci alors qu'il s'apprêtait à « l'opérer ».
L'étau se resserre autour du tueur, les inspecteurs de la brigade ayant plusieurs meurtres similaires à examiner afin de débusquer celui qui terrorise Catherine Cordell en lui envoyant des « messages » de très mauvais goût. Rizzoli, écartée de l'enquête à cause d'une « bavure » qu'elle aurait commise fait cavalier seul pour affronter le tueur. Son équipier Thomas Moore ne ménage pas sa peine, lui non plus, d'autant qu'il ne peut s'empêcher d'être troublé par le charme du Docteur Cordell. Un triller haletant, effrayant, bref, passionnant !
« Le Chirurgien », Tess Gerritsen, Pocket, 7 euros.

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PS qui n'a rien à voir : ce dimanche, lisez, bien entendu, mais votez aussi... Pour qui vous voulez, mais votez.