21/02/2009

"BRECHE" DANS LE TEMPS

La problématique du voyage dans le passé et une féroce caricature de la téléréalité sont au centre de ce roman signé Christophe Lambert.

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En 2060, le voyage dans le temps est devenu une mine pour la télévision qui fait revivre à ses téléspectateurs les moments clés de notre Histoire dans l'émission "Vous y étiez". Mais le public se lassant rapidement, il va falloir trouver un événement fondateur, intense, pour garder les sacro-saintes parts de marché. Un jeune créatif a l'idée qui fait mouche : le débarquement de juin 44 en Normandie. Reste à trouver les volontaires pour aller filmer cette bataille aux airs de boucherie. La production sélectionne deux hommes aux caractères opposés. Gary Hendershot est reporter de guerre. Mitch Kotlowitz est un historien. Gary est un habitué aux missions casse-cou. Encore plus depuis ce funeste jour où sa jeune femme s'est tuée en voiture. Mitch, divorcé et père d'un garçon de dix ans, est un pur intellectuel. Il s'est spécialisé dans les reconstitutions historiques mais cela reste du domaine du jeu.

UN FUTUR FLUCTUANT
Le principe du roman posé, Christophe Lambert a tout loisir de mieux décrire la psychologie des deux héros en puissance et surtout de mieux expliquer les règles du voyage dans le temps. Première directive : ne jamais interférer dans l'action au risque de modifier le futur. Ne pas révéler aux "Pastiens" (les habitants du passé) d'où on vient et ne jamais laisser dans le passé un élément de la technologie du futur.
Les premières heures du programme se passent sans encombre. Les deux envoyés spéciaux filment et décrivent l'embarquement des milliers de soldats, leurs angoisses et espoirs. Le lecteur se doute que quelque chose va coincer dans les rouages du temps quand Mitch, une fois sur la plage, voit un général se faire abattre sous ses yeux. L'historien sait parfaitement que normalement cet homme n'est pas mort le jour du débarquement. Au contraire, c'est le fameux général Cota, héros du débarquement, meneur d'hommes d'exception. S'il n'est plus là, le débarquement risque carrément d'échouer, donnant la possibilité aux armées nazis de se remobiliser, voire de gagner la guerre.
Les deux envoyés spéciaux n'ont plus le choix, ils doivent absolument infléchir le cours de l'histoire, suppléer l'absence de Cota, se transformer en leaders. L'échec serait synonyme pour eux de disparition pure et simple...
Sans avoir le brio de certains romans de Philip K. Dick, grand maître de l'uchronie (reconstitution fictive de l'histoire, relatant des faits tels qu'ils auraient pu se produire), ce récit brillamment mené par Christophe Lambert ne se perd pas en considérations scientifiques, l'auteur préférant décrire minutieusement le quotidien de ces soldats morts pour la liberté.
Certaines scènes du débarquement, déluge de feu et de mort, permettent d'avoir une idée très précise de l'enfer vécu par ces soldats. Quant au paradoxe temporel, il vous réserve encore bien des surprises.

"La brèche" de Christophe Lambert. Fleuve Noir.15 euros (également en poche chez Pocket, 6,80 €)





03/10/2008

La quête de Tolkien

Tolkien, le professeur anglais, inventeur des Hobbitts, se retrouve plongé en pleine guerre entre Américains et Japonais dans un roman étonnant.



Avec des « si », les meilleurs romanciers réécrivent l'histoire avec une facilité déconcertante. Christophe Lambert, armé de quelques « si », a donc imaginé comment Tolkien, de raconteur d'histoires, se retrouve acteur d'une fantastique aventure dans la jungle birmane alors que la guerre entre Américains et Japonais bat son plein. Dans cette histoire réécrite par l'auteur français, on découvre que les Elfes, ce peuple tant apprécié par Tolkien, existe réellement.
Après Pearl Harbor, le gouvernement US comprend que la situation de l'armée américaine en Asie sera de plus en plus dure. Pour tenter de mettre un peu plus de chances dans le jeu des GI's, il est décidé de demander conseil aux Elfes. Retranchés dans le Sylvaniel, dernière réserve sur le territoire américain, ils accepteront à une seule condition : que le romancier anglais John Ronald Reuel Tolkien soit de l'expédition. Le long prologue raconte la négociation, d'abord avec les elfes, puis avec Tolkien. Ce dernier est en pleine rédaction du Seigneur des anneaux et doute de l'intérêt de ce nouveau roman. Il n'hésitera cependant pas longtemps. Il est en fait trop impatient de rencontrer de véritables Elfes.

Une autre vision de la jungle
Tout le reste du roman se passe en Asie, dans la jungle birmane pleine de mystères et de dangers. L'auteur, en dehors des nombreux passages martiaux contant l'entraînement et la vie quotidienne des militaires, accorde beaucoup de place à Tolkien. Comment il va se remettre en question et trouver le ressort moral pour ne pas abandonner la mission et reprendre la création de sa grande œuvre.
La petite délégation elfique a une mission bien précise. C'est l'idée du général Wingate (il a véritablement existé, comme Tolkien) qui explique : « Je compte sur eux pour aider nos hommes à appréhender leur environnement de manière nouvelle, plus positive. Jusqu'ici, nous avons considéré la jungle comme, au pire, une ennemie et, au mieux, un élément neutre. Mauvaise approche, mauvaise philosophie. On doit maintenant l'envisager comme une alliée. » Les Elfes, très méfiants avec les humains, partagent quand même une partie de leur savoir. Tout en surveillant Tolkien. Qui ne sait toujours pas pourquoi sa présence était obligatoire.
L'écrivain se plie aux difficultés du moment, notamment quand il s'agit d'aller harceler les Japonais plusieurs centaines de kilomètres à l'intérieur de leur lignes.

Deux sortes de récits
Au cours de ces longues marches forcées, le commando rencontre une tribu vivant en quasi autarcie. Le chaman local va fortement impressionner Tolkien en raconter plusieurs légendes et en expliquant les nuances : « Il y a deux sortes de récits, les desi et les marga. Le premier est un divertissement, le deuxième un enseignement spirituel. Dans le premier type de récits, le héros se contente de terrasser le monstre. Dans le second il apprend des choses sur lui-même. Il émerge changé de la grotte. Il y a eu mort et renaissance dans la Terre-Mère. » Un principe que Tolkien avait déjà appréhendé, inconsciemment, dans ses récits. Mais le roman de Christophe Lambert n'est pas que cette réflexion sur l'œuvre de Tolkien. Il y a également beaucoup d'action, des rencontres dangereuses et des coups de théâtre. Bref, une somme d'ingrédients que Tolkien n'aurait pas renié pour élaborer un roman captivant et novateur.
« Le commando des immortels », Christophe Lambert, Fleuve Noir, 17 €